JEAN PLANÇON, HISTORIEN PAR PASSION TEXTE JEAN-DANIEL SALLIN S’il a commencé sa carrière dans la Marine nationale comme mécanicien aéronautique, il est devenu, en plus de trente ans, le spécialiste de l’histoire juive à Genève. Président de l’Association du patrimoine juif, créée en 2015, il a rédigé deux ouvrages références sur la communauté israélite, de l’Antiquité au XXe siècle, et participe à la valorisation de son patrimoine. Jean Plançon s’apprête à partir à la retraite avec le sentiment du devoir accompli. Si on lui avait dit, il y a un peu plus de trente ans, qu’il deviendrait l’historien officiel de la communauté juive de Genève, Jean Plançon serait certainement tombé des nues. Catholique par baptême, il considère plutôt les religions comme «des instruments de politique » qui ont largement dérivé de leur utilité originelle. S’il ne cache pas une passion viscérale pour l’histoire et la géographie, il a néanmoins entamé son cursus professionnel comme mécanicien aéronautique dans la Marine nationale. Il passait le plus clair de ses journées sur les porte-avions ou les frégates de l’armée française à bichonner les hélicoptères et avions de combat. Un concours de circonstance l’amène pourtant à changer complètement de voie : «Ma belle-mère était secrétaire chez un paysagiste de la région et elle entend dire que le cimetière israélite de Veyrier recherchait un nouveau gardien », racontet-il. Il vient de quitter l’armée, donne un coup de main à l’aéroport d’Annecy… Mais l’opportunité de travailler en Suisse, assortie d’un revenu intéressant, d’un permis de séjour et d’un appartement de fonction, ne laisse aucune place au doute. « Au début des années 90, le contexte économique était différent d’aujourd’hui, les Bilatérales n’existaient pas encore : l’accès à la Suisse se révélait donc plus compliqué. » DOUZE ANS DE RECHERCHES Jean Plançon entre en fonction en 1994 et, dès les premiers mois, il est « intrigué et stupéfait » par la découverte du cimetière de Carouge. «À mes yeux, la diversité des stèles et des noms lui confère un air de musée à ciel ouvert ! » La curiosité l’invite alors à chercher plus d’informations sur la cité sarde et sur son histoire, découvrant dans la foulée que la communauté juive est née là, aux portes de Genève. Ce qui le frappe surtout, c’est que ces 250 ans de présence ininterrompue sur le sol genevois, sans compter la période du Moyen-Âge, sont totalement occultés dans les livres d’histoire. Juste quelques phrases de-ci de-là, mais rien de conséquent... Il décide alors de se lancer dans un projet colossal : raconter cette (longue) histoire de l’Antiquité jusqu’à nos jours. « Je ne suis pas issu de la filière académique, je reste un manuel, un technicien. Il a fallu que je trouve une manière personnelle de travailler... » Le fait que Jean Plançon ne soit pas juif lui-même complique quelque peu ses démarches. La thématique n’est pas simple, la communauté reste sur la réserve. Mais le temps – et sa ténacité – joue en sa faveur : on finit par lui accorder la permission de consulter les archives de la CIG. Il se met aussi en quête de renseignements aux quatre coins de l’Europe, essaimant ses courriels en Italie, en Allemagne, en Ukraine ou en Grande-Bretagne. Et, après douze ans de recherches assidues, son premier livre, Histoire de la Communauté juive de Carouge et de Genève, paraît enfin aux éditions Slatkine. VALORISER LE PATRIMOINE JUIF « Pour moi, il ne pouvait y avoir qu’un seul éditeur pour cet ouvrage. Lorsque j’ai présenté ma première maquette à Michel-Edouard et Ivan Slatkine, ils étaient intrigués par la somme de travail effectuée. » Jean Plançon parvient également à convaincre Joseph Starobinski, avocat au Barreau de Genève, de signer la préface. Avec ce premier volume, il acquiert une certaine légitimité aux yeux de la communauté juive. « Cette parution m’a clairement ouvert des portes. Des familles venaient d’ellesmêmes m’apporter leurs archives. » Le gardien du cimetière voit surtout son champ des possibles s’élargir à mesure que ses connaissances de la chose juive se consolident. Son parcours prend alors un autre virage. « Avec les années, j’ai diversifié mes activités », admet-il. Il intègre la Société suisse d’histoire, devient membre de la Mémoire de Veyrier, rédige la biographie de Joseph Wertheimer, Grand-rabbin de Genève. Avec Anita Halasz, responsable de la culture et de la bibliothèque de la CIG, il crée encore l’Association du patrimoine juif genevois en 2015 – dont il est toujours président. «Nous avons observé un manque manifeste dans la valorisation de ce patrimoine », précise-t-il. Plaques commémoratives dans l’espace urbain, expositions, visites guidées, numérisation et classification des archives... Les projets ne manquent pas. Avec l’association, il s’est aussi lancé, depuis deux ans, dans la production de documentaires pour © EMERIC CARON – AIGAL STUDIO LE PORTRAIT LE PORTRAIT 20 LE MAGA Z INE DE L A C I G N ° 1 9
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