19 ou de planification. En revanche, leur finalité est très différente. L’entreprise poursuit avant tout un objectif de performance économique. Une communauté, elle, a pour mission de faire vivre un projet collectif, de rassembler des femmes et des hommes autour de valeurs, d’une histoire, d’une identité et d’un patrimoine communs. Son succès ne se mesure donc pas uniquement à l’efficacité de ses décisions, mais aussi à leur capacité à renforcer la confiance, le sentiment d’appartenance et la cohésion. C’est pourquoi la gouvernance d’une communauté exige davantage de dialogue, d’écoute et de concertation. Les décisions doivent être comprises, partagées et acceptées, car elles engagent bien plus que des résultats : elles touchent au lien qui unit les membres de la communauté. Cette exigence peut parfois donner l’impression de ralentir le processus décisionnel, mais elle constitue souvent la condition de décisions plus solides et plus durables. Pour autant, la concertation ne doit jamais devenir un prétexte à l’immobilisme. Le véritable défi est de trouver le juste équilibre entre une gouvernance moderne, capable de décider, d’innover et d’avancer, et le respect des valeurs, des traditions et des personnes qui font la richesse de notre communauté. C’est dans cet équilibre que réside, à mes yeux, une gouvernance responsable et porteuse d’avenir. Comment envisagez-vous l’avenir de la communauté ? Je souhaite de tout cœur qu’elle continue de considérer cet avenir avec confiance. Les défis existent, qu’ils concernent la vie juive, l’évolution de la société ou les attentes des nouvelles générations. Cependant, je suis convaincu que nous disposons des ressources nécessaires pour les relever. Notre histoire nous a appris la résilience. Notre diversité nous apporte la créativité. Notre engagement collectif nous donne la force d’agir. Les grands programmes présentés par notre secrétaire général, Dominique El Bez, lors de l’assemblée générale constituent à cet égard une feuille de route claire et ambitieuse. Ils traduisent notre volonté de renforcer notre vie communautaire, de développer nos institutions et de répondre aux besoins d’une communauté en constante évolution. Quels seront justement les plus grands défis de la CIG pour les prochaines années ? L’un de nos premiers défis est de continuer à faire vivre et à développer nos institutions. La Maison Juive Dumas en est un excellent exemple : c’est un lieu central qui rassemble de nombreux services, activités et générations sous un même toit. Nous devons veiller à ce qu’il demeure un lieu vivant, accueillant et adapté aux besoins de notre communauté. Et s’il ne l’était plus, réfléchir à ce que devrait être celui de demain, sans attendre. Mais le défi le plus important est probablement celui de la jeunesse. Notre responsabilité est de leur offrir une vie communautaire riche, dynamique et porteuse de sens, afin de maintenir un lien fort avec eux, où qu’ils se trouvent. Si nous réussissons à préserver ce sentiment d’appartenance, alors Genève restera pour eux un point d’ancrage naturel, et le jour où ils fonderont leur propre famille, ils auront envie de transmettre à leur tour ce lien avec notre communauté. Il y a eu beaucoup de changements au sein de la CIG au cours des trois dernières années avec l’arrivée de Dominique El Bez au poste de secrétaire général, puis de Nathan et Anne-Eva Smila au CCJJ, les départs à la retraite d’Evelyne Morali, Rav Éric Ackermann et Jean Plançon... Un sacré virage pour la CIG, non ? La majorité de ces changements, nous les avons initiés, dans l’idée d’une vraie transition générationnelle. Nous avons commencé avec la recherche d’un nouveau rabbin, Rav Mikhaël Benadmon, en 2023. Puis, nous avons recruté Dominique El Bez comme secrétaire général, lequel a amené une énergie nouvelle, de la structure, de l’organisation... Mais c’est le propre d’une entreprise ou d’une association de voir ses cadres atteindre l’âge de la retraite et quitter l’institution. Notre défi est d’être capable d’organiser une passation aussi fluide que possible, avec des connaissances qui se transmettent et des nouvelles personnes qui puissent incarner ces fonctions importantes. C’est ce qui rend mon rôle et celui de mon comité intéressant ! La question de l’intégration de la communauté à Genève est un thème récurrent. Quel regard portez-vous sur ce sujet ? Par mon background familial, mon attachement à Genève est très profond. Cette ville possède une identité singulière. Elle a toujours été un lieu de rencontres, d’ouverture, de dialogue et de coexistence. Notre communauté s’inscrit pleinement dans cette histoire. Depuis plus de deux siècles, elle participe à la vie genevoise tout en préservant son identité propre. Cette double fidélité – à nos traditions et à notre environnement – constitue l’une de nos plus grandes richesses. Vous évoquiez l’arrivée du Grand-rabbin, Mikhaël Benadmon. Quel rôle jouera-t-il dans ces défis ? Son rôle est essentiel. Depuis son arrivée à Genève, il s’est imposé comme une figure de référence par sa connaissance, sa disponibilité et sa proximité avec les membres de notre communauté. Il accompagne les familles dans les moments les plus importants de leur vie, mais il contribue également à nourrir la réflexion collective sur les grands enjeux auxquels nous sommes confrontés. Dans une période où les communautés ont besoin à la fois de repères et de cohésion, sa mission dépasse largement le cadre religieux. Il participe à la transmission de nos valeurs, au dialogue entre les générations et au renforcement du sentiment d’appartenance qui nous unit. À titre personnel, j’apprécie profondément son humanité, son sens de l’écoute et sa capacité naturelle à rassembler. Finalement, quelle est votre vision pour les années à venir ? Préserver ce qui fait notre identité, renforcer ce qui nous unit et préparer avec confiance l’avenir de notre communauté. SEP TEMBRE 2026
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