raconter l’histoire des grandes familles juives de Genève. Sans oublier la parution, en 2010, de son deuxième volume qui couvre la période de 1900 à 1946. «UN ENRICHISSEMENT EXTRAORDINAIRE » «Au début, je pensais n’écrire qu’un seul livre. Mais, plus je fouillais, plus je trouvais ! Je ne savais pas où cela allait s’arrêter, tant la masse d’informations était grande. » Jean Plançon s’est surtout pris au jeu de l’écriture, progressivement, se découvrant un talent certain de conteur. Un don qu’il se plaisait à exprimer lors de visites guidées dans la Grande synagogue Beth Yaacov ou dans les rues de Carouge – comme lors de la Journée européenne de la culture juive, en 2022, où il s’est glissé dans le costume du comte de Veyrier, alias Pierre-Claude de la Fléchère, l’un de ses personnages préférés, pour dépeindre cet îlot de tolérance et d’ouverture apparu au XVIIIe siècle. Aujourd’hui, Jean Plançon s’apprête à tourner cette page d’histoire personnelle et à prendre une retraite bien méritée. Avec le sentiment du devoir accompli. « Je suis très reconnaissant à la CIG de m’avoir embauché », soufflet-il. «Cette période de ma vie a constitué un enrichissement extraordinaire. Elle m’a permis de pousser cette passion pour l’histoire et cette envie d’écriture. Je suis fier de ce que j’ai accompli. J’espère juste qu’il y aura de la relève et que quelqu’un d’autre se penchera sur cette histoire, parce que cette communauté, par la nature des personnalités qui l’ont fait vivre, a largement contribué à faire de Genève ce qu’elle est aujourd’hui. » L’historien encourage d’ailleurs les Genevois à s’extirper de ce double carcan – catholique savoyard et protestant calviniste – pour reconnaître l’influence de la communauté juive sur la vie économique, politique et sociale de la République. EN ROUTE POUR CARTHAGÈNE « Je ne suis pas juif, je n’ai donc pas été influencé par une éducation ou une obédience particulière. Cela m’a permis d’avoir une vision plus aérienne, d’être peut-être plus objectif, plus neutre dans ma façon d’appréhender tout ça... » Il se réjouit aussi de la prise de conscience, au sein de la communauté, autour de la préservation des archives. « Le plus vieux document découvert date de 1826. Mais, par la grâce des multiples déménagements, de nombreux documents ont malheureusement disparu. » Au fil des ans, Jean Plançon s’est battu pour casser les préjugés autour des Juifs et, dans ce sens, a travaillé à l’ouverture de la communauté sur la ville, notamment en rendant la synagogue Beth Yaacov, ce monument historique daté de 1859, accessible au grand public. S’il réduira petit à petit ses activités annexes, l’historien prendra néanmoins le temps de terminer sa trilogie et d’écrire ce troisième volume consacré à la fin du XXe siècle, avant de s’installer en Espagne, du côté de... Carthagène – un comble pour un féru d’histoire. « J’ai des origines espagnoles par ma mère, une partie de ma famille réside làbas, c’est un peu un retour aux sources », se justifie-t-il. « L’Espagne est un pays agréable à vivre, qui s’est bien modernisé depuis la chute du franquisme, avec un climat et une qualité d’ infrastructures incroyables. » Jean Plançon en est conscient : avec les départs successifs de Roseline Cisier, présidente, Elias Frijas, secrétaire général, Eveline Morali, responsable du service social, Éric Ackermann, rabbin, et lui-même, la CIG s’apprête à prendre le virage du changement en 2026. Avec une nouvelle énergie et une nouvelle vision. Pourquoi avoir choisi de partir à l’âge de 62 ans, soit trois ans avant l’âge légal ? « J’ai le même âge que mon binôme, Éric Acker- mann, avec lequel je partageais les visites guidées. Comme lui, j’ai vu beaucoup de personnes partir trop tôt. La vie est un souffle qui passe. Nous sommes sur le fil du rasoir jour après jour. Parfois, il faut penser à profiter de la vie, de sa famille... » Mais l’historien, lui, n’a pas encore rendu totalement les armes. « Si je suis dans les parages, et si la communauté a besoin de mon aide, je serai toujours là ! » On ne se refait pas. Jean Plançon dans le costume du comte de Veyr ier, Pierre-Claude de la Fléchère, l ’un de ses personnages histor iques préférés. 21 SEP TEMBRE 2026
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