CIG_JOURNAL_N°19_ FLIPBOOK

à combattre l’antisémitisme. Au risque de mettre en péril sa carrière et son intégrité physique. Menaces sur les réseaux sociaux, appels au boycott de son long-métrage The Snow White, dans lequel elle interprète la méchante reine, tensions avec Rachel Zegler, alias Blanche-Neige, pour divergences d’opinion pendant le tournage... Depuis trois ans, le quotidien de Gal Gadot n’est pas un long fleuve tranquille. En mars 2025, la cérémonie prévue sur le Walk of Fame, à Hollywood, pour l’inauguration de son étoile, a même été perturbée par des manifestations. « Je sais ce que je défends et ce que je veux pour le monde », a-t-elle déclaré. Ne rêve-t-elle pas parfois de se glisser dans son costume de Wonder Woman pour tenter de régler une bonne fois pour toute ce conflit israélo-palestinien ? AMIR DANS LA TOURMENTE Né dans une famille juive séfarade originaire de la Tunisie et du Maroc, Amir a vécu le même chemin de croix. Alors qu’il est âgé de 8 ans, ses parents ont décidé de faire leur alya et de s’installer en Israël. Service militaire dans les renseignements comme sergentchef, études de dentiste à l’Université hébraïque de Jérusalem... Il finit par participer à l’émission The Voice, avant de représenter la France à l’Eurovision en 2016. Lui fait-on payer sa superbe chanson, Supernova, en hommage aux victimes du 7 octobre, parue sur son dernier album? En 2025, Amir est pris dans la tourmente, lorsqu’aux Francofolies de Spa, plusieurs artistes se désolidarisent de sa programmation. Que lui reproche-t-on ? Son judaïsme ? Son soutien à Israël ? Cela va plus loin : en 2014, soit il y a douze ans déjà, Amir a donné un concert dans la colonie d’Hébron, jugée illégale au regard du droit international. Il a également participé à une soirée de soutien aux soldats de Tsahal, organisée par Yoni Chetboun, un ex-député du parti d’extrême-droite. Aux yeux de l’opinion publique, c’est sûr, l’artiste est un suppôt du gouvernement Netanyahou. Amir a néanmoins pu donner son concert aux Francofolies. Comme il l’a fait sur sa dernière tournée, C Tour, mais, parfois avec des mesures de sécurité rédhibitoires pour éviter tout débordement. « La haine, le racisme, je le laisse aux autres », a-t-il martelé sur le plateau de l’émission C à vous sur France Télévisions. « J’ai toujours parlé et chanté pour fédérer. Je n’ai jamais tenu la moindre déclaration qui n’était pas celle de la paix, du vivre ensemble et de la fin des souffrances. Je suis certain que ce ne sont pas mes opinions politiques qu’on pointe du doigt, mais ce que je suis. » Une affirmation, très forte, qui résume bien le sentiment commun : ce n’est pas seulement Israël qu’on vise, mais la communauté juive dans son intégralité ! EUROVISION : TERRAIN MINÉ ! Comment aurait réagi l’opinion publique si Amir avait participé à l’Eurovision en 2026? Depuis trois ans, le concours est un terrain miné pour Israël, membre de l’Union européenne de radiodiffusion (UER) depuis 1957. À chaque édition, c’est le même refrain : les pays exigent son exclusion pure et simple. Des pétitions circulent régulièrement pour demander aux diffuseurs nationaux de boycotter l’événement et de faire pression sur l’UER pour refuser l’inscription des candidats israéliens. Peine perdue ! En 2025, à Bâle, Yuval Raphael, rescapée du massacre du festival Nova, termine même à la deuxième place avec sa chanson pleine d’espoir, New Day Will Rise. Cette année, la tension est encore montée d’un cran : cette fois, c’est l’un des membres du Big-5 qui mène la fronde ! Avec l’Allemagne, la France, l’Italie et la Grande-Bretagne, l’Espagne est l’un des principaux contributeurs financiers du concours. Alors, quand il menace de boycotter l’Eurovision, le dialogue prend une autre tournure. D’autant qu’il a entraîné, dans son sillage, d’autres diffuseurs importants, comme l’Irlande et les Pays-Bas, tous deux vainqueurs du concours à sept reprises, ainsi que la Slovénie et l’Islande. Comme l’UER a confirmé la participation d’Israël, lors de son assemblée générale en décembre 2025, tous ces pays ont mis leur menace à exécution. Certains artistes, comme Nemo, vainqueur du concours en 2024, ont décidé de rendre leur trophée en signe de protestation. Une lettre ouverte, signée par plus de 1000 artistes, dont Peter Gabriel, Roger Waters, Macklemore et Massive Attack, dans le cadre du mouvement No Music For Genocide, s’oppose à la présence d’Israël à Vienne : selon eux, Israël utilise l’Eurovision pour « normaliser le génocide, le siège et l’occupation militaire brutale des Palestiniens par Israël ». Mais, le 12 mai dernier, lors de la première demi-finale, Noam Bettan était bel et bien présent sur la scène du Wiener Stadthalle pour interpréter Michelle. Contre vents et marées. Et lui aussi a terminé à la deuxième place du concours, à 173 points de la Bulgarie... Sur les terrains ou dans les stades, ce n’est pas mieux ! De nombreux athlètes sont confrontés régulièrement à des refus d’affrontement : leurs adversaires préfèrent se retirer de la compétition pour des raisons politiques plutôt que de croiser le fer avec un Israélien. Parfois, sur le podium, on leur refuse la poignée de main ou on tourne carrément le dos à leur drapeau – comme l’ont fait les escrimeurs suisses lors des championnats d’Europe M23 en Estonie en 2025. Que dire encore de l’équipe de cyclisme Israel-Premier Tech contrainte de changer de nom et de structure avant la saison 2026? Cible de manifestations pro-palestiniennes durant la Vuelta, en septembre 2025 – qui avaient d’ailleurs contraint les organisateurs à écourter quatre étapes, elle n’avait pas d’autres choix que de faire disparaître le nom d’Israël de son maillot pour pouvoir continuer d’exister. LA SOLITUDE D’ARTHUR « Je suis Français et je n’ai pas à juger la politique d’un pays dans lequel je ne vis pas. Quand on est dehors d’Israël, on observe et on peut donner son avis. Mais on ne juge pas. » Producteur et animateur de télévision, Arthur Esse- © YANN ORHAN 12 L’ENQUÊTE LE MAGA Z INE DE L A C I G N ° 1 9

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