DE LA DIFFICULTÉ D’ÊTRE UN SPORTIF OU UN ARTISTE JUIF TEXTE JEAN-DANIEL SALLIN Le quotidien des artistes et athlètes juifs s’est compliqué depuis l’offensive de Tsahal dans la bande de Gaza en réponse aux attaques terroristes du Hamas. Messages de haine sur les réseaux sociaux, appels au boycott, annulations de concerts et d’expositions... L’opinion publique attend qu’ils dénoncent ouvertement les choix du gouvernement de Benyamin Netanyahou. Dans le cas contraire, ils sont considérés comme complices. D’Amir à Gal Gadot, ils font face à un antisémitisme féroce. L’affaire avait fait grand bruit lors des Jeux olympiques de Milan-Cortina, en février dernier : alors que le bob à deux israélien, piloté par Adam Edelman, entamait sa descente sur la piste Eugenio-Monti, Stefan Renna, journaliste de la RTS, a profité de cette minute d’antenne pour évoquer les convictions politiques de l’athlète. S’interrogeant ouvertement sur sa présence en Italie et, accessoirement, sur la politique du CIO en la matière, il a rappelé la nature des messages postés par Edelman sur les réseaux sociaux en faveur du gouvernement israélien. « Il a dit que l’ intervention militaire israélienne était la guerre la plus moralement juste de l’histoire », a fini par citer le journaliste. Cette intervention a provoqué une crise diplomatique, le Comité olympique israélien demandant des excuses à la TV suisse, ainsi que la suspension immédiate du journaliste incriminé. La RTS n’est pas entrée en matière, se bornant à retirer le commentaire, dont « la longueur a été jugée inappropriée dans le cadre d’une retransmission de compétition sportive ». Stefan Renna, lui, a conservé son accréditation. Loin d’être anecdotique, cet épisode démontre à quel point la vie des sportifs et des artistes israéliens et juifs s’est compliquée depuis les attaques terroristes du Hamas, perpétrées le 7 octobre 2023 sur le territoire israélien et, surtout, après la riposte sans précédent de Tsahal à Gaza. À croire qu’ils sont responsables de la politique menée par Benyamin Netanyahou et de la mort des milliers de civils palestiniens tombés sous les bombardements ! L’opinion publique attend d’eux qu’ils condamnent ou qu’ils prennent leur distance avec les choix du gouvernement israélien. Leur silence, voire leur absence de position claire, est considéré comme un signe d’allégeance. On ne parle même pas de ceux qui, comme Adam Edelman, ont choisi ouvertement leur camp... Est-ce qu’on réclame des stars américaines qu’elles condamnent publiquement les écarts de conduite de Donald Trump ? GAL GADOT BOYCOTTÉE Aux États-Unis, justement, Gal Gadot vit un enfer depuis qu’elle a apporté son soutien au gouvernement israélien. Élevée à Rosh Haayin, à 25 kilomètres à l’est de Tel-Aviv, la comédienne a passé l’essentiel de sa vie en Israël. Son père descend d’une lignée de pionniers sionistes implantés en Palestine depuis cinq générations. Côté maternel, son grand-père est le seul survivant d’une famille tchèque exterminée à Auschwitz. Élue Miss Israël en 2004, elle accomplit ses deux ans de service militaire obligatoire. Autant dire qu’elle connaît la réalité du terrain ! Si elle évitait de parler de politique par le passé, tout a changé après le 7 octobre : le regain de haine autour de la condition juive l’a incitée à se lever et © CLODAGH KILCOYNE / KEYSTONE 11 L’ENQUÊTE SEP TEMBRE 2026
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