LA « COLO » ? « UN CATALYSEUR DE DÉVELOPPEMENT POUR LES ENFANTS ! » TEXTE JEAN-DANIEL SALLIN «On vient, on joue, on gagne et on s’en va ! » Ce chant résonne régulièrement dans le ciel de Haute-Nendaz, ponctué le plus souvent par des rires et des cris d’enfants. La température dépasse allègrement les 30 degrés, même à 1365 mètres d’altitude, mais la chaleur n’a pas encore eu raison de leur enthousiasme. Pour preuve, un autre «hymne», à l’autre bout du parc, vient lui répondre en écho : «David, on t’aime, David, on t’adore, donnenous des points et on t’aimera encore plus fort ! » Entonnée sur la mélodie de Ya Mustapha de Bob Azzam, la chanson ressemble à s’y méprendre à une tentative de « corruption » d’un animateur pour arracher la victoire... Bienvenue à La Cité-Joie ! Pendant treize jours, ce chalet – qui porte parfaitement son nom – accueille, cette année, la colonie de vacances de la jeunesse juive, organisée conjointement par le CCJJ et son homologue lausannois, le CJJL. Et, aujourd’hui, c’est le jour des «Maccabiades » – une sorte de Jeux olympiques qui voit dix équipes s’affronter lors d’ateliers sportifs ou ludiques. Comme la Coupe du monde bat encore son plein de l’autre côté de l’Atlantique, il y a l’incontournable match de football et l’oppressante série de penalties où tout est bon pour déconcentrer le tireur. Mais il y a aussi d’autres disciplines plus originales comme le foot-bowling, avec des bouteilles d’eau en guise de quilles, une vraie bataille de chifoumi, une course de sacs et un morpion disputé sous forme de relais. L’objectif ? Marquer le plus de points au cours de la journée. À ce petit jeu-là, c’est le Mexique qui a grimpé sur la plus haute marche du podium ! DEUX SEMAINES EN IMMERSION TOTALE « La veille, nous avions organisé une cérémonie d’ouverture avec le défilé des équipes en musique sur le terrain de basket », précise Nathan Smila, directeur du CCJJ. Arrivé à Genève en 2024, avec sa femme, Anne-Eva, le Français vit son deuxième camp d’été. Deux semaines en apnée à gérer les urgences et les impondérables. Treize jours en immersion avec 104 enfants et adolescents, âgés de 6 à 16 ans, et une équipe d’une trentaine de personnes pour encadrer le tout : animateurs, cuisiniers, femmes de ménage, agents de sécurité, assistantes sanitaires... L’exercice est exigeant. Harassant. Les heures de sommeil se comptent sur les doigts d’une main. Les sollicitations sont permanentes. Mais il ne changerait sa place pour rien au monde. «Cela fait treize ans que je suis éducateur et j’aime énormément travailler avec les enfants. Par leur innocence, par leur imagination débordante, ils ont beaucoup à nous apporter, mais, comme ils sont encore en construction, ils ont aussi besoin de nous. » Cet échange quotidien est d’ailleurs le moteur de cette colonie, nourri par des moments de transmission et d’apprentissage informel, par toutes ces expériences partagées pendant toute la durée du camp. «À travers les activités proposées, notre colonie est un catalyseur de développement pour les enfants. Si elle est rythmée par les joies et les drames du quotidien, elle est aussi susceptible de provoquer des prises de conscience, de donner de la confiance ou de développer des compétences insoupçonnées. Les gens se découvrent. » UNE ÉCOLE DE VIE Tandis qu’enfants et animateurs profitent du barbecue, à l’ombre des arbres, dans une ambiance joyeuse et musicale, Nathan Smila observe cette « grande famille » qui, pour la plupart, ne se connaissait pas avant d’arriver à Haute-Nendaz. Il aurait des anecdotes à raconter pour chacun d’eux. Un jour, il a dû intervenir dans un dortoir, après une dispute, pour comprendre, parlementer, négocier, jusqu’à ce que la paix soit revenue. Il évoque aussi le cas de cet adolescent, renfermé, chahuté à l’école, qui s’épanouit complètement dans cet environnement bienveillant. « Il n’hésite pas à prendre le micro, il prend soin des autres... C’est magique quand on peut avoir un tel impact ! » Il parle aussi de cette fille, charismatique, mais un peu peste, qui invitait ses camarades à se joindre à elle pour se moquer des autres. «Quand je lui ai fait remarquer le pouvoir énorme qu’elle avait, elle s’est mise à pleurer et s’est excusée : elle ne se rendait pas compte de ce qu’elle faisait ! » La « colo » est une école de vie où chacun apprend à son niveau. Séparés de leurs familles et de leur biotope scolaire, enfants et adolescents se découvrent des qualités inattendues, tout en cultivant des valeurs fortes qui les porteront dans leur vie d’adulte : l’autonomie, la responsabilité, le respect d’autrui, la vie en communauté, l’enga- © LINDA PHOTOGRAPHY 23 LE REPORTAGE SEP TEMBRE 2026
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