CIG_JOURNAL_N°18_ FLIPBOOK

© ISTOCK LA PERTE DU FACE-À-FACE L’enseignement de la Torah est historiquement fondé sur l’échange réel et le dialogue. La communication unilatérale, de type monologue, qui prévaut sur de nombreuses plateformes, entraîne la perte de cette interaction personnelle. Le rabbin, à l’image d’un médecin, doit pouvoir adapter son message à son interlocuteur pour offrir un sur-mesure spirituel. Cette dimension essentielle, qui permet d’apprendre les uns des autres, disparaît dans une diffusion de masse impersonnelle. Ces défis considérables ne doivent cependant pas occulter les opportunités tout aussi significatives qu’une présence numérique bien pensée peut offrir. LES OPPORTUNITÉS ET LE POTENTIEL DE L’INFLUENCE SPIRITUELLE NUMÉRIQUE Malgré les risques évidents, ignorer le potentiel des réseaux sociaux reviendrait à se couper d’un des principaux vecteurs de communication de notre époque. Une utilisation stratégique et éthique de ces plateformes peut transformer des défis en opportunités, permettant une diffusion inédite du message de la Torah. Les arguments en faveur d’une telle présence sont multiples et puissants. DIFFUSION MASSIVE ET DÉPASSEMENT DU LOCALISME Les plateformes numériques permettent de toucher un vaste public, brisant les frontières géographiques et institutionnelles. Là où un enseignement en synagogue ne touche que quelques dizaines de personnes, une vidéo peut atteindre des centaines de milliers, voire un million de personnes. Cet effet de levier offre un potentiel d’impact démultiplié, sortant l’enseignement de la Torah du cadre restreint de la communauté locale pour fédérer une audience plus large. L’ART DE LA CONCISION ET L’ÉVEIL D’UN MOMENT La contrainte de la brièveté, si elle est un risque, peut aussi être cultivée comme un art. Savoir énoncer des contenus en quelques minutes de manière percutante est un outil puissant. Il permet de provoquer l’éveil d’un moment, de toucher une personne avec un mot bien précis à l’instant exact où elle en a besoin. Cette capacité à distiller une parole pertinente peut avoir un effet profond sur une personne en quête de sens. LE KIDOUSH HASHEM (SANCTIFICATION DU NOM DIVIN) Rendre le message de la Torah accessible au plus grand nombre est une forme de Kidoush Hashem, c’est-à-dire l’acte de « sanctifier le nom de D.ieu ». En utilisant les outils modernes, les rabbins permettent à cet enseignement de se faire entendre dans la sphère publique, et ce, de manière permanente. La disponibilité continue du contenu sur Internet garantit un accès constant à des ressources spirituelles pour quiconque les recherche. NOUVEAUX OUTILS PÉDAGOGIQUES Le numérique apporte des outils pédagogiques inédits. L’utilisation du visuel dans le message, par exemple, permet de créer une certaine imagination et de rendre des concepts complexes plus accessibles. De plus, ces plateformes permettent de créer et d’animer une communauté virtuelle pour des individus géographiquement isolés, qui peuvent ainsi se sentir connectés et soutenus, accomplissant la mission de créer une solidarité. UNE ALTERNATIVE SPIRITUELLE Paradoxalement, un contenu spirituel de qualité peut servir d’antidote aux aspects les plus addictifs des réseaux sociaux. En offrant une alternative constructive au défilement infini (« scrolling »), il peut aider à lutter contre l’addiction en transformant un temps potentiellement perdu en un moment de réflexion et d’élévation. La coexistence de ces risques majeurs et de ces opportunités considérables rend indispensable la création d’un cadre régulateur. DE LA CONFRONTATION À LA NÉCESSITÉ D’UNE CODIFICATION Face à ce tableau complexe, la question n’est plus de choisir un camp, « pour ou contre ». Une telle polarisation est stérile. Il s’agit désormais de développer une approche mature et régulée, qui reconnaisse à la fois le potentiel et les périls de l’influence numérique. L’enjeu est de passer d’une présence subie, souvent chaotique, à une présence choisie, réfléchie et codifiée. 9 AOÛT-NOVEMBRE 2025

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