RABBINS INFLUENCEURS SUR LES RÉSEAUX SOCIAUX POUR UN CADRE ÉTHIQUE ET PRATIQUE TEXTE MIKHAËL BENADMON La présence rabbinique sur les plateformes numériques comme Instagram ou TikTok a cessé d’être une simple hypothèse pour devenir un phénomène socioculturel majeur. Le débat a radicalement évolué : il y a quelques années, des groupes comme les Hassidim de Satmar prônaient une déconnexion immédiate et totale, considérant Internet comme un danger spirituel intrinsèque. Aujourd’hui, face à l’abondance de cours de Torah et d’enseignements disponibles en ligne, cette posture de rejet total est devenue marginale. La question n’est donc plus de savoir s’il faut être présent, mais bien comment encadrer cette présence. Pour évaluer cette nouvelle réalité, il est impératif de revenir au fondement même de notre démarche : quelle est la finalité de la Torah ? La tradition nous enseigne qu’elle a pour objectif de « fédérer un groupe autour d’une identité, de créer une solidarité, d’apprendre les uns les autres et de développer une spiritualité. » C’est à l’aune de cette mission fondamentale que nous devons juger la pertinence et les modalités de l’influence rabbinique en ligne. L’objectif de ce document est donc d’analyser les tensions inhérentes à ce phénomène et de proposer un cadre de réflexion pour permettre aux figures rabbiniques d’investir l’espace numérique de manière à la fois efficace, pertinente et spirituellement intègre. Pour ce faire, nous analyserons d’abord les défis et les risques qui menacent cette finalité, avant d’explorer les opportunités uniques qu’offre cette nouvelle forme de communication, pour enfin proposer les fondations de ce qui doit devenir un véritable code de la route spirituel pour l’ère numérique. LES DÉFIS ET LES RISQUES DE LA PRÉSENCE RABBINIQUE EN LIGNE Avant de célébrer les opportunités offertes par le numérique, il est stratégiquement crucial d’identifier et de comprendre les risques associés au rôle de rabbin influenceur. Une présence non réfléchie peut non seulement échouer à transmettre son message, mais également compromettre l’intégrité même de l’enseignement de la Torah en sapant les piliers de sa finalité. Les principaux arguments contre une présence non régulée s’articulent autour de quatre axes majeurs : LE CONTENU ET LE CONTENANT La tradition juive insiste sur le principe de tokho kevaro, selon lequel l’auditeur doit être spirituellement prêt à recevoir un enseignement pour pouvoir l’intérioriser. Or, les réseaux sociaux diffusent un contenu de manière indiscriminée, touchant un public dont le «contenant » n’est pas nécessairement préparé. La diffusion de messages profonds à une audience non initiée ou non réceptive risque de causer des « dégâts » spirituels, en menant à des interprétations erronées ou à un rejet. LA CRISE DE L’AUTORITÉ L’écosystème numérique favorise l’auto-proclamation. Chacun peut s’autoproclamer rabbin, créant une confusion généralisée. Sans les structures de validation traditionnelles, le public peine à disposer des outils nécessaires pour discerner les rabbins charlatans des rabbins véritables, ce qui affaiblit l’autorité rabbinique dans son ensemble et expose les personnes en quête de spiritualité à des influences potentiellement néfastes, brisant la confiance nécessaire à la solidarité communautaire. LA QUALITÉ CONTRE LA QUANTITÉ Les algorithmes des réseaux sociaux récompensent la viralité et la concision. Cette course au nombre de vues impose aux créateurs d’être extrêmement concis, créant une tension fondamentale avec la profondeur requise par l’étude de la Torah. Le risque est de sombrer non pas dans une saine vulgarisation, mais dans une popularisation qui appauvrit le message. Cette simplification à outrance, motivée par la forme plutôt que par le fond, entrave le développement d’une spiritualité authentique. LA CHRONIQUE DU RABBIN LA CHRONIQUE DU RABBIN 8 LE MAGA Z INE DE L A C I G N ° 1 8
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