sur la responsabilité de « débrancher » un malade en fin de vie : son quotidien est un formidable générateur d’émotions fortes et ambivalentes ! Avec ce travail, Evelyne Morali entre, en effet, dans la vie des gens. Dans leur intimité. Elle partage avec eux leur histoire, leur parcours, leur carrière, leurs problèmes de famille. «Vous connaissez tout d’eux », admet-elle. «C’est compliqué dans une petite communauté comme la nôtre. Vous croisez ces personnes à la synagogue, lors des fêtes, vous les considérez comme des amis ou des voisins. Ils pensent alors que nous serons plus arrangeants. C’est impossible ! Nous sommes aussi là pour poser des limites. Il m’arrive de devoir dire non et ça ne plaît pas. J’ai reçu parfois des lettres d’insultes... » Que dire encore de ces coreligionnaires, avenants en public, qui deviennent toxiques derrière la porte de la maison ? Quelquefois, les apparences cachent des réalités moins réjouissantes. «Ce n’est pas parce qu’on est Juif que l’on est meilleur que les autres », résume la directrice du Service social. PENSER «OUT OF THE BOX» Évidemment, Evelyne Morali n’est pas toute seule au sein du Service social. Elle peut compter sur une équipe polyvalente et motivée – avec Nicole Engel, Naïc Galley et Delphine Lok – qu’elle a pu composer à sa guise, au fil du temps. « Je cherche toujours à faire les choses de manière créative. J’ai donc besoin de travailler avec des collègues qui pensent différemment, out of the box. Cela permet de résoudre de nombreux problèmes vite et bien. » Alors qu’une quarantaine de bénévoles remplit régulièrement des missions pour le Service social, contrats à l’appui, elle a également rétabli une commission sociale, composée d’une juge et de plusieurs avocats, médecins et responsables d’associations, qu’elle réunit chaque trimestre pour parler des situations les plus complexes. «Nous avons aussi une psychiatre à disposition à qui nous pouvons poser des questions en cas de besoin », souffle-t-elle. Trouve-t-elle toujours une solution satisfaisante ? «Non, je ne suis pas MacGyver ! Parfois, il arrive que la solution proposée ne soit pas celle de la personne en face de vous... Que peut-on faire dans ces cas-là ? » Pour remplir cette mission – une tâche qui serait impossible sans la confiance absolue de la hiérarchie et le soutien généreux des membres de la CIG, Evelyne Morali et son équipe travaillent main dans la main avec les institutions genevoises, puisant allègrement dans toute la palette de prestations proposées. Hospice général, IMAD, SPMi, LAVI... Il s’agit donc de connaître tous les rouages socio-administratifs dans la République. «C’est pourquoi la formation HETS est essentielle pour ce job », précise-t-elle. « Il faut tout savoir sur ce qui se passe à Genève ! » Praticienne formatrice, elle n’hésite pas, d’ailleurs, à accueillir des stagiaires, en deuxième année, pour les amener jusqu’au bachelor. Ce besoin de transmettre ses connaissances prend d’autant plus de sens aujourd’hui qu’à 69 ans, elle réfléchit sérieusement à passer la main. À la tête du Service social depuis 2016, à la suite du décès soudain de Samuel Cohen, Evelyne Morali cherche, en effet, un ou une successeur(e). Deux de ses collègues pourraient-elles accepter une codirection ? Peut-être. Elles ont l’avantage de connaître la communauté et d’avoir appliqué la même vision que leur « cheffe ». Auquel cas, il faudrait engager une troisième assistante sociale pour compléter l’équipe... Un problème ? La directrice est persuadée de recevoir des candidatures. « Vous savez, ce travail est top, c’est le meilleur job du monde ! Si vous avez des idées, si vous vous montrez créatifs, vous avez, ici, un terreau idéal pour construire et concrétiser vos projets. » N’est-ce pas ce qu’elle a fait depuis 37 ans ? « VOUS N’IMAGINEZ MÊME PAS TOUT CE QUE NOUS FAISONS. IL M’EST ARRIVÉ DE GÉRER LES ACTIONS ET OBLIGATIONS POUR UNE PERSONNE, DE VENDRE DES APPARTEMENTS ET DE RÉGLER DES SUCCESSIONS... » SCANNEZ CE QR-CODE POUR FAIRE UN DON AU SERVICE SOCIAL 21 AOÛT-NOVEMBRE 2025
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