EVELYNE MORALI : « ASSISTANTE SOCIALE, C’EST UN JOB PASSIONNANT ! » TEXTE JEAN-DANIEL SALLIN Directrice du Service social de la CIG depuis 2016, la Bâloise, arrivée à Genève à l’âge de 20 ans, a passé une grande partie de sa carrière à se consacrer aux autres et à trouver des solutions pour améliorer leur quotidien. À 69 ans, elle réfléchit sérieusement à passer la main, mais continue de puiser dans son sac à idées pour construire, transmettre, convaincre, aider... Portrait d’une femme généreuse. «Ma vocation première n’a jamais été de devenir assistante sociale. » Cette phrase peut surprendre dans la bouche d’Evelyne Morali. Depuis qu’elle a passé les portes de la CIG, en 1988, pour faire du bénévolat auprès du CCJJ, elle n’a jamais cessé de consacrer son temps aux autres, de leur tendre une main bienveillante et de chercher des solutions pour améliorer un tant soit peu leur quotidien. « J’ai fait une école de commerce et, ensuite, j’ai essayé de mettre en pratique ce qu’on nous avait appris, pour savoir si c’étaient des âneries ou pas », insiste-t-elle. Tout juste admet-elle que sa mère distribuait déjà des repas bénévolement. Sa nature généreuse émane peut-être de là. À moins que ce ne soit les conditions modestes dans lesquelles elle a grandi qui l’ont marquée inconsciemment. «Mon père, né dans une de famille immigrée de Pologne, était électricien sans diplôme. Ma mère, secrétaire, n’avait que cinq francs par jour et par personne pour gérer le ménage », se souvient-elle. Il en a fallu des ressources et de l’ingéniosité pour maintenir cette famille à flot... « J’ai toujours ressenti ce besoin de m’affirmer en tant que femme indépendante », poursuit-elle. « Je ne veux rien devoir à qui que ce soit. Mais, jamais, je n’ai imaginé qu’un jour, je travaillerais dans le social. » Son diplôme de commerce en poche, Evelyne Morali se dirige d’abord vers des emplois classiques : assurances, entreprise de transports... Elle fixe même le prix à la pompe à essence chez Total. « C’était d’un ennui invraisemblable ! » Après un voyage au Maroc, elle crée alors une compagnie d’import-export de vêtements en cuir. «Deux fois par mois, j’organisais des ventes dans des salles communales. J’embauchais mes copines que je payais 1000 francs par jour et j’entreposais mon stock dans le salon ou la cave. Ça marchait du tonnerre ! Mais, je n’ai jamais voulu ouvrir de boutique, ça ne m’intéressait pas. » Cette activité, développée en parallèle de son emploi chez Gondrand Transports, lui a permis d’investir dans l’immobilier. QUINZE ANS DE FORMATIONS «Dans ma vie, j’ai toujours appliqué le principe de contentement... » Evelyne Morali décide d’offrir un peu de son temps à la jeunesse de la CIG. Rue Saint-Léger, elle croise alors le chemin de la directrice du Service social, Ida Dery, qui, séduite par son énergie, lui propose de rejoindre son équipe. « Je n’avais aucune formation, aucun diplôme. Je venais d’avoir 36 ans, j’avais deux enfants... Je ne me voyais pas retourner sur les bancs d’école. » Pourtant, la Bâloise, arrivée à Genève à l’âge de 20 ans, se prend au jeu et, en une quinzaine d’années, enchaîne les formations diplômantes : assistante sociale HETS, thérapeute de famille, superviseure... Chacune de ces étapes s’affiche sur l’un des murs de son bureau, face à un dazibao de photos de famille. « Toutes ces formations, je les ai financées moi-même et je les ai suivies en dehors de ma mission quotidienne ! La communauté israélite m’a donné les moyens de m’épanouir : nous fonctionnons comme une famille et, au fil des ans, j’ai toujours pu créer tout ce que je voulais et ce qui était utile. » Evelyne Morali découvre surtout un univers « passionnant » qui lui permet d’exprimer sa créativité et son dévouement. Visite dans les hôpitaux, aumônerie en prison, déclaration d’impôts, récolte de fonds... Rien ne l’effraie. Elle est sur tous les fronts. Sans rechigner. «On croit que la mission d’une assistante sociale est seulement de remplir des papiers. On le fait, oui ! Mais vous n’ imaginez même pas tout ce que nous faisons d’autre. Il m’est arrivé de gérer les actions et obligations pour une personne, de vendre des appartements et de régler des successions... » DANS LA VIE DES GENS Un jour, elle s’en souvient comme si c’était hier, une mère lui dépose un panier, sur son bureau, et lui demande de garder son bébé, alors gravement malade, parce qu’elle n’est plus en mesure de s’en occuper. «Avec mon mari, nous avons proposé de devenir sa famille d’accueil et cet enfant est resté chez nous durant vingt ans. Pendant les deux premières années, on m’a laissé travailler de la maison, c’était du télétravail avant l’heure... » Elle est comme ça, Evelyne : toujours prête à aider, à rendre service ! Ainsi, elle héberge une étudiante, afin qu’elle puisse passer ses examens de maturité loin du tumulte familial, recueille une jeune fille en attente de son visa d’immigration Alya. Parfois, ce sont des situations plus complexes à résoudre. Dénoncer des cas de maltraitance, de violence conjugale ou d’abus sexuel, accompagner une personne inscrite chez EXIT, réfléchir avec le corps médical ® POINT-OF-VIEWS.CH LE PORTRAIT LE PORTRAIT 20 LE MAGA Z INE DE L A C I G N ° 1 8
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