CIG_JOURNAL_N°18_ FLIPBOOK

19 m’est chère. Sa vision et son exigence ont marqué les premiers jalons de mon parcours à la CICAD, et son héritage demeure présent dans l’institution. Je n’avais aucun lien avec Genève ou la Suisse, mais mon parcours m’a permis de me projeter sans difficulté dans la fonction. La CICAD traversait alors une période délicate, privée de Secrétaire Général depuis plus d’un an. Mon engagement s’est donc accompagné d’une exigence claire : restructurer et développer cette association autour d’une stratégie durable. Force est de constater que cela a dû fonctionner, puisque je suis encore là, après 23 ans ! (rires) Comment a évolué la CICAD en vingt ans ? Son évolution est remarquable. Lorsque je suis arrivé, nous occupions un bureau modeste à la rue du Stand et je travaillais pratiquement seul. Aujourd’hui, nous sommes neuf collaborateurs, nos activités se sont considérablement diversifiées et notre expertise bénéficie d’une reconnaissance publique incontestable, en Suisse comme à l’international. Dès l’époque de Philippe Grumbach (zl), le Comité a exprimé une volonté claire : faire rayonner la CICAD partout où sa voix peut porter. Cette ambition a été poursuivie et consolidée par ses successeurs, Alain Bruno Lévy et Laurent Selvi. Je mesure chaque jour leurs talents respectifs et la chance, pour la CICAD comme pour nos institutions, de pouvoir compter sur de telles personnalités. Vingt-trois ans plus tard, la CICAD est reconnue comme une interlocutrice fiable, compétente et capable de relever les défis les plus exigeants, au niveau local, national et international. Est-ce qu’on se forge une carapace avec les années ? On n’a pas le choix. J’ai la réputation d’avoir un caractère bien trempé, mais des coups, on en reçoit quotidiennement. Il faut savoir encaisser, accepter et, parfois, répondre. Secrétaire Général de la CICAD, ce n’est pas un poste anodin : il y a aussi des risques, y compris sécuritaires, car porter la voix de l’institution vous expose directement. Heureusement, je peux compter sur mon Comité, dont l’engagement constant et la cohésion sont une véritable force. J’ai toujours eu, dans ce cadre, une relation privilégiée avec mes Présidents — Philippe Grumbach (zl), Alain Bruno Lévy, et aujourd’hui, Laurent Selvi, qui était un ami avant d’être Président et que je considère comme un grand frère. Ces liens solides et cette confiance mutuelle me sont indispensables. Je suis quelqu’un de très passionné dans tout ce que j’entreprends, dans ma vie professionnelle comme personnelle. Cette intensité, que je mets au service de ma mission et de l’institution, n’est pas toujours simple à canaliser en dehors de mon rôle. C’est peut-être ce qui explique ma vie personnelle très tumultueuse. (rires) Vous avez parlé de sécurité... Est-ce un enjeu au quotidien dans votre cas ? Dans ma fonction, j’ai traversé des périodes de forte pression, parfois marquées par des menaces directes qui ont nécessité un dispositif d’accompagnement quotidien pendant plusieurs mois. C’est une réalité difficile, car elle impose une organisation lourde, d’autant que je ne suis pas seul : j’ai une famille, deux enfants que je protège en veillant à préserver au maximum leur anonymat, en particulier sur les réseaux sociaux. La sécurité fait partie de mes préoccupations permanentes. Lorsque le climat ou les circonstances l’exigent, je prends les dispositions nécessaires, afin de ne jamais laisser l’insécurité interférer avec ma mission. La lutte contre l’antisémitisme est un combat sans fin. N’y a-t-il pas parfois un sentiment de découragement face à cette situation ? L’antisémitisme ne disparaîtra pas, mais notre mission est de garantir que chacun puisse vivre son identité de manière sereine et assumée. Il est insupportable de devoir, sans cesse, justifier de son appartenance à son pays et à ses valeurs. L’histoire de la Suisse est aussi faite de l’engagement d’hommes et de femmes juifs qui ont contribué à son essor. Cette réalité n’implique ni privilège ni supériorité, mais rappelle combien il est injuste et scandaleux que certaines actualités puissent donner le sentiment que les Juifs seraient extérieurs à cette nation. Franco-suisse, je mesure mon héritage juif par tradition et par histoire familiale, mais je crois avant tout que l’engagement citoyen est une valeur fondamentale. Il appartient à chacun de rappeler avec force son attachement à la citoyenneté, tout en assumant pleinement son appartenance religieuse. Ce n’est pas une contradiction : c’est une responsabilité et une exigence morale. C’est aussi une responsabilité qui s’impose dans la transmission à nos enfants : leur donner confiance dans leur identité, leur citoyenneté et leur avenir. En 23 ans, est-ce la plus grosse crise que vous ayez vécu ? Oui. Elle me rappelle certains épisodes plus anciens, mais aussi plus courts, comme l’affaire des fonds en déshérence dans les années 1990. La différence aujourd’hui, c’est que la CICAD est devenue incontournable et qu’elle est, de ce fait, la cible privilégiée de ses adversaires. L’hostilité qui s’exprime ne cesse de croître, et nous sommes perçus comme le dernier verrou à faire sauter. C’est précisément pour cela qu’il n’y a pas de place pour la fatigue ou le découragement : si ce rempart venait à tomber, il n’y aurait plus de barrières face à des discours et des actes d’hostilité rarement atteints jusqu’ici, y compris dans les milieux politiques et médiatiques. Mais je peux l’affirmer avec conviction : ce verrou-là ne sautera pas ! Imaginez-vous une vie sans la CICAD? C’est une vraie question, et je me la pose souvent. Certains de nos adversaires en rêvent, mais ce ne sera pas pour tout de suite... La CICAD fait partie de mon identité profonde, elle ne se résume pourtant pas à ma personne : elle est avant tout l’expression d’une communauté et d’une société qu’elle sert et qu’elle défend. Il est difficile de concevoir qu’un jour, il faudra passer la main et qu’alors, l’institution sera suffisamment solide pour continuer à grandir. Mais c’est tout le sens de mon engagement et celui des Présidents qui se sont succédé : faire en sorte que la CICAD reste plus forte que ceux qui la dirigent aujourd’hui comme demain. AOÛT-NOVEMBRE 2025

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