CIG_JOURNAL_N°18_ FLIPBOOK

lescent. Sa disparition fut une épreuve qui m’a vite contraint à me prendre en main et à devoir décider, plus tôt que prévu, de mon présent et de mon avenir. Ce fut aussi un moment particulièrement difficile pour ma mère et pour ma sœur (zl). Ma mère, elle, restait davantage dans une posture d’observation. Mais la présence de mon beau-père a joué un rôle décisif. Il incarnait la figure du militant engagé, et nous avons partagé de longues heures de discussions et de débats sur nos sujets de prédilection. Avec le temps, ma mère s’est elle-même engagée au sein du B’nai B’rith à Paris. Quelles études avez-vous suivies ? Mes études se sont orientées vers la communication et l’action publicitaire. Un choix déjà révélateur de ma manière d’envisager le travail : moins académique, plus pragmatique, créatif et tourné vers l’action. Mais ce qui m’a véritablement formé, ce sont les valeurs transmises par mes parents, qui travaillaient sans relâche, sept jours sur sept : la semaine dans leur commerce de bijoux fantaisie, le week-end sur les marchés. J’ai grandi dans cet univers où l’on ne comptait pas ses heures. J’ai moi-même enchaîné les petits boulots d’été — chez McDonald’s, chez AXA, j’ai même enfilé des perles pour un fournisseur de mes parents. Cette immersion précoce dans le travail m’a naturellement conduit vers ma première expérience professionnelle. Au gré d’une rencontre, j’ai intégré le groupe Bolloré. Je devais y rester deux mois, dans le département Énergies ; j’y suis finalement resté deux ans. Ce passage m’a permis d’acquérir la rigueur d’une grande entreprise et m’a beaucoup appris sur l’organisation, la gestion et la discipline professionnelle. Puis, on m’a proposé de prendre la direction des agences de l’Est, avec des bureaux à Strasbourg et à Metz. C’était une opportunité sérieuse, mais je ne me voyais pas entamer une carrière dans le charbon et le fuel domestique alors que mes aspirations et mon temps libre s’orientaient déjà vers l’engagement militant. Et ensuite ? Après une expérience à l’étranger – une parenthèse qui m’a ramené à Paris – j’ai ressenti le besoin de donner un véritable sens à mon parcours. Je n’envisageais plus de revenir dans une grande entreprise : il fallait que mes choix professionnels reflètent une quête de sens profond et une dimension identitaire. J’ai alors commencé à collaborer comme pigiste pour Actualité juive, un journal communautaire, où je me suis consacré à la question de l’antisémitisme, en particulier au suivi des activités de l’extrême-droite et de certains milieux négationnistes. Cette expérience, rémunérée, m’a permis de patienter tout en consolidant mes compétences. Peu après, le B’nai B’rith recherchait un responsable national pour coordonner et diriger ses activités. Fort de mes recherches et de mes suivis sur l’extrême-droite antisémite, et bénéficiant de recommandations solides, j’ai été choisi. Ce fut ma première véritable fonction à responsabilité dans un cadre communautaire – une étape fondatrice qui m’a ouvert des portes pour la suite. Vous avez ensuite passé neuf ans au CRIF Rhône-Alpes, à Lyon, comme directeur. Qu’est-ce que ce poste vous a apporté dans votre parcours professionnel ? Cela a été un véritable tremplin. J’y ai pris la pleine mesure de la responsabilité qui incombe à toute fonction de représentation et de défense. Dans le monde associatif et communautaire, la critique est facile et fréquente ; j’ai choisi, pour ma part, de dépasser cette posture pour agir concrètement. Ce qui me guide depuis toujours, c’est la volonté d’être force de proposition, d’apporter des solutions et de mettre mon expertise au service d’une certaine idée de la société et du vivre-ensemble. Je suis sans doute mon premier critique, mais c’est cette exigence qui me conduit à me lever chaque matin avec la conviction que chaque action compte. Ce n’est pas de l’obsession : c’est une vigilance permanente, nourrie par le sens des responsabilités. Comment arrive-t-on justement à dormir avec une mission comme la vôtre? Je dors peu, mais dans une fonction comme la mienne, on n’a pas le droit de faiblir. Les attentes extérieures sont considérables, les enjeux dépassent largement ma personne et peuvent avoir des conséquences directes sur la vie d’autrui. Cette conscience des responsabilités m’accompagne jour et nuit : chaque défi, chaque difficulté, mérite réflexion, et cela s’est encore accentué ces dernières années. Bien sûr, la fatigue existe, mais je peux compter sur un Comité engagé et sur notre Président, Laurent Selvi, dont le soutien m’apporte une énergie positive précieuse. Surtout, je m’appuie au quotidien sur une équipe remarquable, composée exclusivement de femmes, dont le professionnalisme, le dévouement et l’expertise font la force de la CICAD. Elles sont la preuve que notre action n’est pas seulement individuelle, mais profondément collective. Il n’y a pas un moment où votre cerveau se met sur pause ? Non. Je mange, je dors, je vis avec cette mission en permanence : elle fait partie de moi. Mes enfants le comprennent, même s’ils me le reprochent parfois, et ma vie personnelle a souvent été marquée par cette implication. Dans ce rôle, il n’y a pas vraiment de week-ends, ni de vacances : l’actualité, la presse, les autorités ou les partis politiques peuvent solliciter la CICAD à tout moment, et il n’est pas envisageable de rester injoignable. Je l’assume pleinement, car c’est le prix de cette fonction. Si l’on est incapable de s’immerger totalement, il vaut mieux faire autre chose. Mon moteur reste le même depuis mes débuts : je ne peux pas rester impassible face à l’injustice ou face aux propos antisémites. Comment êtes-vous arrivé à la CICAD finalement ? Après neuf années passées au CRIF Rhône-Alpes, la question de mon avenir professionnel s’est naturellement posée, d’autant que le mandat de mon Président, Alain Jakubowicz – un avocat brillant qui m’a transmis une véritable conscience politique de ce métier – arrivait à son terme. C’est à ce moment-là qu’une opportunité s’est présentée : le poste de Secrétaire Général de la CICAD, à Genève. Après de nombreux entretiens, j’ai été engagé par Philippe Grumbach (zl). Un homme remarquable, dont la mémoire 18 LA RENCONTRE LE MAGA Z INE DE L A C I G N ° 1 8

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