CIG_JOURNAL_N°18_ FLIPBOOK

LE MUSÉE JUIF DÉMÉNAGE Est-ce une raison pour ostraciser la culture juive? L’histoire a une fâcheuse tendance à bégayer. On ne remontera pas jusqu’au XVIe siècle, avec l’apparition des ghettos en Europe. En revanche, on se souviendra que, pendant la pandémie de Covid-19, les antivax avaient déjà accusé les Juifs des pires complots... «Que serions-nous sans la culture juive ? », s’interroge cependant Naomi Lubrich, directrice du Musée juif de Suisse. « Tant d’aspects de notre vie actuelle sont intrinsèquement juifs. Commençons par la façon dont nous occupons notre temps : notre conception des ‹jours ouvrables› et du ‹weekend›, par exemple, est fondée sur le Bereshit dans la Torah ! » Créée en 1966 à Bâle, cette institution est le premier musée juif à voir le jour dans l’Europe germanophone après la Seconde Guerre mondiale. Sa mission ? Préserver et transmettre les traditions juives. «Nous conservons un grand nombre d’objets provenant des synagogues de Suisse, des textiles aux parchemins, en passant par les objets liturgiques en argent », précise sa directrice. Expositions, conférences, concerts, ateliers pour enfants, visites sensorielles pour les personnes âgées... Le musée tente de toucher un public aussi large que possible – près de 8000 visiteurs en 2024. Il s’apprête cependant à vivre une révolution, le 30 novembre prochain, avec son déménagement dans une demeure du XIXe siècle, à la Vesalgasse, à Bâle. Cet espace de 750m², repensé par l’architecte suisse Roger Diener, doit lui permettre de développer ses activités et de séduire plus de visiteurs encore. «Nous voulions disposer d’un espace plus grand pour accueillir des expositions temporaires, mais également profiter de meilleures conditions muséales, notamment en matière de température et d’hygrométrie, afin de garantir la conservation de nos objets », explique Naomi Lubrich. « Je me réjouis aussi d’offrir une plateforme pour organiser des débats et des événements culturels. Notre première exposition traitera d’ailleurs du thème de la communauté. Les Juifs ont, en effet, des siècles d’expérience de la vie communautaire. Cette perspective juive est précieuse lorsqu’il s’agit d’aborder l’une des préoccupations actuelles, la solitude, qui est devenue un véritable enjeu sanitaire et politique. » UN FESTIVAL CONTRE LES PRÉJUGÉS Croire que la culture juive ne traite que de thématiques autocentrés serait une erreur. « Elle est multidimensionnelle », analyse Irma Selvi Danon. « Elle prend la culture de l’autre en considération et favorise le dialogue entre les opinions, complémentaires ou contraires. Si elle tire ses origines d’une pensée et d’une histoire, si elle s’ imprègne de traditions, de musique et même de cuisine, elle est le fruit d’un métissage avec la culture du pays d’accueil. » Depuis sa création en 2011, le GIJFF renforce ce constat : tous les films sélectionnés abordent des sujets universels et racontent des histoires qui peuvent concerner chacun d’entre nous. «D’ailleurs, la vocation du festival n’est pas de lutter contre l’antisémitisme, mais contre les préjugés », reprend sa directrice. « Parler de l’autre, de nos différences et de nos points communs, c’est un apprentissage fondamental pour augmenter son niveau de tolérance ! » En quinze éditions, le GIJFF s’est taillé une belle réputation par la qualité de sa sélection et par les valeurs universelles qu’il défend. Si le public est majoritairement juif, le festival séduit aussi les passionnés de cinéma, attirés par les acteurs à l’affiche, le sujet des films sélectionnés et les débats organisés régulièrement après les séances de projection. «Nous entretenons d’excellentes relations avec les distributeurs et les salles de cinéma », relève Irma Selvi Danon. «Nous avons donc la possibilité de présenter beaucoup d’avant-premières ou de premières suisses. » Ainsi, le 25 novembre, le public genevois pourra découvrir le nouveau long-métrage de Rebecca Zlotowski, Vie privée, avec Jodie Foster, Daniel Auteuil, Virginie Efira et Vincent Lacoste, au Cinérama Empire (20 h). Quant à la prochaine édition, elle n’est prévue qu’en novembre 2026... «Défendre la culture juive, c’est la promouvoir, c’est la faire découvrir, la faire vivre, la transmettre », conclut la directrice du GIJFF – qui regarde une centaine de longs-métrages par année. « L’une des missions du festival est d’offrir, par le film, une expérience positive en lien avec elle. Car la culture n’est pas porteuse d’un message : elle est là d’abord pour susciter des émotions et des réflexions, pour révéler toutes les complexités de notre réalité. » Est-ce d’autant plus essentiel aujourd’hui, avec tout ce qui se passe au Proche-Orient ? Irma Selvi Danon préfère ne pas s’arrêter à ces considérations géopolitiques. «Cela a toujours été important. Il y a une appétence re- © DR © DR Le GIJFF présentera le f ilm de Rebecca Zlotowski , « Vie pr ivée », en avant-première. « Le tableau volé », le long-métrage de Pascal Bonitzer, faisait partie de la sélection 2025 du GIJFF. 12 L’ENQUÊTE LE MAGA Z INE DE L A C I G N ° 1 8

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