Le cœur de l’argument repose sur une nécessité spirituellement morale de régulation, qui au fond régit toute notre vie quotidienne et spirituelle. Cette idée peut être parfaitement illustrée par une analogie puissante : celle de la conduite automobile. Lorsque l’automobile est apparue, les textes classiques de la loi juive ne contenaient, par définition, aucune règle sur la manière de se comporter au volant. Face à cette innovation,certains rabbins contemporains n’ont pas rejeté l’outil ; ils ont au contraire rédigé des lois et des directives éthiques adaptées : l’obligation de mettre sa ceinture, de respecter les limites de vitesse, de vérifier l’état du véhicule, de ne pas conduire en état d’ébriété etc. (voir Rav Yoel Bin Noun). Ils ont codifié l’usage d’une nouvelle technologie pour la rendre compatible avec les exigences morales et spirituelles. Aujourd’hui, le challenge est exactement le même. Il nous incombe de rédiger et de codifier cette présence sur les réseaux sociaux. Cette tâche revient à élaborer un nouveau Code de la route spirituel pour l’ère numérique, qui guidera aussi bien les créateurs de contenu que leurs audiences. LIGNES DIRECTRICES POUR UN CADRE D’ACTION RESPONSABLE Traduire cette nécessité de codification en principes directeurs concrets est l’étape suivante. Les lignes directrices visent à fournir un cadre d’action pour les rabbins et enseignants qui souhaitent s’engager sur les réseaux sociaux de manière responsable, en répondant directement aux défis identifiés précédemment et en s’assurant que leur présence serve la finalité de la Torah. AUTHENTICITÉ ET QUALIFICATION En réponse à la crise de l’autorité, la transparence doit devenir la norme. Tout enseignant se présentant en ligne devrait clarifier ses qualifications, son parcours d’étude et son affiliation institutionnelle (s’il y en a une). Cette transparence est le meilleur outil pour permettre au public de distinguer les figures légitimes des charlatans et de faire des choix éclairés, protégeant ainsi l’intégrité de la communauté. PRIMAUTÉ DE LA QUALITÉ SUR LA QUANTITÉ Face à la course au nombre, il est impératif de privilégier la profondeur et l’intégrité du message. Cela implique de faire une distinction claire entre la vulgarisation – rendre un contenu complexe accessible sans le trahir – et la popularisation, qui consiste à l’appauvrir pour plaire au plus grand nombre. Les créateurs de contenu doivent consciemment choisir la première voie, même si elle est moins susceptible de devenir virale, afin de favoriser un réel développement spirituel. RESPONSABILITÉ ENVERS L’AUDIENCE Pour adresser le problème du contenu et contenant, une segmentation responsable du contenu est nécessaire. Les créateurs devraient utiliser des avertissements clairs pour les sujets avancés ou sensibles qui requièrent une maturité spirituelle préalable. Ils pourraient également orienter leur audience vers des formats plus longs et plus approfondis (articles, podcasts, cours en direct) pour les sujets qui ne peuvent être traités de manière adéquate en quelques minutes. DU MONOLOGUE AU DIALOGUE Pour contrer la perte du face-à-face, il est crucial de dépasser le modèle du monologue. Les rabbins influenceurs doivent activement chercher à créer des espaces d’interaction : sessions de questions-réponses, animation de groupes de discussion, ou encore la création de « communautés virtuelles » authentiques où un véritable dialogue peut s’établir. L’objectif est de passer de la diffusion à la relation, afin d’accomplir la mission d’apprendre les uns des autres. L’adoption de ces principes est la première étape indispensable pour transformer l’espace numérique d’un terrain de risques en un champ d’opportunités spirituelles, nous menant ainsi à la conclusion inévitable de notre analyse. VERS UN ODE DE LA ROUTE SPIRITUEL À L’ÈRE NUMÉRIQUE En définitive, l’heure n’est plus à la diabolisation ou à l’acceptation naïve des réseaux sociaux comme outil d’enseignement. L’argument central de ce document est la nécessité impérative de passer d’une présence numérique subie à une présence codifiée et réfléchie. Nous devons aborder cet espace avec la même rigueur intellectuelle et morale que celle que nous appliquons à d’autres domaines de la vie moderne. L’analogie de la conduite automobile doit servir de métaphore directrice pour l’avenir. Tout comme nous avons développé un code de la route pour encadrer l’usage d’une technologie potentiellement dangereuse mais utile, nous devons aujourd’hui élaborer un cadre éthique pour la communication spirituelle en ligne. Cette codification, il est crucial de le souligner, doit s’appliquer tant pour les créateurs que pour les utilisateurs, afin de promouvoir une culture de responsabilité partagée. L’enjeu est de taille : il s’agit d’un appel à un effort collectif de la part des autorités rabbiniques, des éducateurs et des penseurs pour développer ce cadre éthique. C’est à cette seule condition que les réseaux sociaux cesseront d’être un compromis pour devenir un véritable et puissant outil de Kidoush Hashem, sanctifiant le Nom divin par la diffusion d’une sagesse authentique qui fédère, élève et inspire. RETROUVEZ LA CIG SUR INSTAGRAM 10 LE MAGA Z INE DE L A C I G N ° 1 8 LA CHRONIQUE DU RABBIN
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