L E M AG A Z I NE D E L A COMMUNAU T É I S R A É L I T E D E G E NÈ V E 0 8 - 1 1 2 0 2 5 N ° 1 8 ENQUÊTE CULTURE JUIVE, POURQUOI LA PROMOUVOIR ? RENCONTRE JOHANNE GURFINKIEL : CONVICTION ET MISSION CHRONIQUE RABBINAT ET MODERNITÉ
RJ Management SA 5 Cours de Rive, 1204 Geneva - Switzerland +41 22 888 00 50 info@rjmanagement.ch rjmanagement.ch — Wealth Managers for Today’s World A committed partner in preserving and developing our clients’ assets over the long term.
Il y a quelques mois à peine, nos mots vibraient encore de gravité. Nous étions plongés dans l’incertitude, dans cette tension du monde où chaque jour semblait ajouter une ombre de plus. Et voilà qu’aujourd’hui, un plan de paix a été signé. Un plan de paix imparfait, fragile, souvent contesté, mais un plan de paix tout de même. Et c’est déjà un miracle. Ne nous y trompons pas : le plan de paix n’efface pas la douleur. Il ne répare pas tout. Mais il trace un sentier, étroit et exigeant, que nous devons emprunter avec lucidité, sans naïveté, mais avec foi. Car la paix, comme la vie juive ellemême, ne tient jamais seule. Elle demande un entretien constant. Elle s’érode vite si l’on cesse d’y croire, si on la réduit à un simple mot dans un communiqué. Nous savons, ici à Genève, ce que cela veut dire : bâtir dans le calme, maintenir la vigilance, préserver la flamme. Et à cet égard, les dernières fêtes de Tishri ont été une source de fierté et d’émotion. Jamais depuis longtemps notre communauté n’avait connu une telle affluence, une telle ferveur, une telle unité. Les synagogues pleines, les voix unies dans la prière, les familles rassemblées : tout cela témoigne d’une communauté vivante, confiante, enracinée. Et même notre Soucca, débordante de monde, bruissante de chants et de conversations, a incarné cette joie simple d’être ensemble, sous un toit fragile mais empli de sens. Ces moments rappellent que, même dans la tourmente, notre peuple trouve toujours la force de se tourner vers la vie. Et puis, il y a eu ce moment que nul n’oubliera : le retour des otages. Ces visages que nous avions appris à connaître à travers la douleur, ces noms que nous répétions dans nos prières… Les voir rentrer, les savoir vivants, les découvrir sourire à nouveau, c’est une émotion qui traverse tout le peuple juif. Une libération immense, presque physique, comme si nous pouvions enfin reprendre souffle après des mois d’apnée. Avec eux reviennent une part de notre humanité, une part de notre lumière. Mais cette émotion ne doit pas nous endormir. Nous n’avons pas le luxe de la complaisance, ni celui de la naïveté. Notre lucidité est une force, mais notre espoir en est une autre, plus rare, plus exigeante, plus courageuse. C’est elle qui nous permet d’avancer, de croire encore en la paix, sans jamais baisser la garde. Notre communauté, elle, a tenu, avancé, et grandi. Nous avons fait ce que le peuple juif fait depuis toujours : vivre debout. De l’inquiétude, faisons de la vigilance. De la douleur, faisons de la solidarité. De la peur, faisons de la dignité. Et puissions-nous continuer à faire de la CIG cette maison où chaque joie se partage et chaque épreuve se surmonte ensemble. Pour le Comité. SOMMAIRE LES NEWS 5-7 LA CHRONIQUE DU RABBIN 8-10 L’ENQUÊTE 11-13 L’HISTOIRE 14-15 LA RENCONTRE 16-19 LE PORTRAIT 20-21 LE REPORTAGE 22-25 ÇA S’EST PASSÉ À LA CIG 27-31 L’ÉTAT CIVIL 33 LA CUISINE 34 LE TRAIT D’HUMOUR 35 Editeur Communauté Israélite de Genève Rédaction en chef Noémi Amatriain Rédaction Mikhaël Benadmon Noémi Amatriain Jean Plançon Jean-Daniel Sallin Relecture Muriel Calef Conception BuxumLunic www.buxumlunic.ch Photo de couverture Studio Aigal Tirage 1500 exemplaires Impression Van der Poorten LE COURAGE DE LA PAIX TEXTE ÉRIC RODITI L’ÉDITO 3 AOÛT-NOVEMBRE 2025
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LES NEWS À NE SURTOUT PAS MANQUER... CCJJ L’IDENTITÉ JUIVE EN QUESTION « Zehout ». Ce mot, qui signifie « identité » en hébreu, résonne en chacun de nous, car il touche à la question centrale de l’être et de son histoire. Le CCJJ a décidé de se pencher sur cette notion d’identité, en proposant un programme destiné aux Tséirim et aux Bogrim. Une fois par mois, le mardi soir, ils participent à un échange autour de trois thématiques : le judaïsme, le sionisme et l’histoire juive. Une manière sympathique d’aborder un thème fondamental : que signifie être Juif dans une société contemporaine ? LA LITTÉRATURE À L’HONNEUR La deuxième édition de notre Journée des auteurs et autrices aura lieu le dimanche 29 mars, à l’occasion du BiblioWeekend, le week-end annuel des bibliothèques suisses. Au programme : une table ronde sur le thème «Écrire Jérusalem» et un atelier « Lire pour aller mieux ». Et les auteurs membres et sympathisants de la CIG auront une nouvelle fois 10 minutes pour présenter leurs œuvres. Inscription pour les auteurs souhaitant présenter leurs œuvres : bibliotheque@comisra.ch SAVE THE DATE CCJJ PASSER LA SEMAINE DE NOËL SUR LES PISTES DE SKI AU CŒUR DES ALPES, ÇA VOUS DIT ? EN PARTENARIAT AVEC LE CJJL, LE CCJJ ORGANISE UNE COLO D’HIVER, DESTINÉE À TOUTES LES CLASSES D’ÂGE, DU 21 AU 26 DÉCEMBRE AUX PORTES DU SOLEIL. INSCRIPTIONS AVANT LE 1ER DÉCEMBRE. ERRATUM UNE ERREUR S’EST GLISSÉE DANS NOTRE ARTICLE « LE MYSTÈRE DU STYLO DE PEPITO » QUI RACONTAIT L’HISTOIRE DE CE STYLO MONTBLANC PERDU DANS LES RUES DE ROME DANS LES ANNÉES 60 ET RETROUVÉ 63 ANS PLUS TARD : YOSSEF CALEF BEN SHLOMO, DIT PEPITO, EST DÉCÉDÉ EN 2022, ET NON EN 2024. TOUTES NOS EXCUSES À SA FAMILLE ! SAVE THE DATE SPECTACLE TSEDAKA « UN VIOLON SUR LE TOIT » PAR LA TROUPE HA’MACOM. LUNDI 23, MARDI 24 ET MERCREDI 25 MARS AU THÉÂTRE DE L’ESPÉRANCE. PLUS D’INFORMATIONS BIENTÔT. LIVRE LA VIE DE CARL LUTZ EN BD En 2021, avec le Cercle Carl Lutz, la CIG avait organisé une exposition à Genève, sur les quais du Léman, pour raconter l’histoire méconnue de ce vice-consul de Suisse, basé à Budapest, qui sauva la vie de dizaines de milliers de Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale, en mettant au point un système de protection diplomatique en collaboration avec les jeunesses sionistes locales. Quatre ans plus tard, une collection de bandes dessinées, dédiée aux Justes, rend hommage à Carl Lutz et à sa prise d’initiative audacieuse par laquelle le viceconsul a outrepassé le cadre de ses fonctions. Paru chez Bamboo, cet album est signé par Jean-Yves Le Naour, historien, et Brice Goepfert, dessinateur. NE MANQUEZ RIEN DE LA CIG EN REJOIGNANT NOTRE COMMUNAUTÉ SUR WHATSAPP AOÛT-NOVEMBRE 2025 5
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Pour plus d’ informations, consultez notre site internet www.comisra.ch © ISTOCK L’ESCALADE RACONTÉE AUX PETITS « Ah ! La belle Escalade. Savoyards, Savoyards... » Le 12 décembre, les élèves du GAN seront invités à se déguiser pour cette journée de commémoration et à découvrir, autour d’une marmite en chocolat, l’histoire de cette tentative avortée d’invasion de la ville de Genève par les troupes du duc de Savoie. « Ainsi périrent les ennemis de la République ! » À VOS AGENDAS TOUS LES MERCREDIS AU CCJJ, LES YELADIM ONT PRÉPARÉ UN COURTMÉTRAGE SUR L’HISTOIRE DE HANOUCA. SCÉNARIO, DÉCORS, TOURNAGE, MONTAGE... LE FILM SERA PRÉSENTÉ À LA FIN DÉCEMBRE AUX PARENTS ! SAVE THE DATE LES MERCREDIS 21 ET 28 JANVIER, LES ÉLÈVES DU GAN PASSERONT LA JOURNÉE AVEC LEURS GRANDSPARENTS. DES MOMENTS, TRÈS ATTENDUS, RICHES EN ÉMOTIONS, QUI SE TERMINERONT PAR LA BÉNÉDICTION DES ENFANTS SOUS LE TALITH. 14.12.2025 SAVE THE DATE ! NOTRE GRANDE FÊTE DE HANOUCA SE TIENDRA LE DIMANCHE 14 DÉCEMBRE, À LA MAISON JUIVE DUMAS. NOUS VOUS ATTENDONS TRÈS NOMBREUX ! UN AMÉRICAIN AU GRAND THÉÂTRE POUR HANOUCA Dans le Paris bohème de l’après-guerre, qui de Jerry, l’ancien GI qui tente de vivre de sa peinture, d’Adam, le sympathique pianiste désargenté, ou d’Henri, la vedette de music-hall, gagnera le cœur de Lise, la belle danseuse ? C’est le thème de la comédie musicale de George et Ira Gershwin, Un Américain à Paris, présentée en décembre au Grand Théâtre de Genève. La CIG organise une sortie le mercredi 17 décembre pour assister au spectacle, juste après avoir allumé la 4e bougie de Hanouca et dégusté une collation, des souvganiot et du vin chaud. Inscriptions obligatoires en ligne. SORTIE CONFÉRENCE À TABLE AVEC SHANNON SEBAN Alors qu’elle n’a jamais revendiqué son identité juive, Shannon Seban, entrée en politique en 2019, est victime en 2023 d’insultes antisémites de l’extrême droite, puis de l’extrême gauche en 2024. Ces agressions ont changé sa vie. Elle raconte son combat contre l’antisémitisme dans son livre, « Française et juive, et alors ? ». Originaire de Seine-Saint-Denis, élue municipale à Rosny-sousBois, elle fait de son engagement la pierre angulaire de son combat contre toutes les formes de racisme et de discrimination. Un combat civique et éthique qu’elle a choisi de mener chez elle, dans le 93, un département qui affiche les plus forts taux de chômage, de délinquance et de discriminations. Shannon Seban sera présente à la CIG, le mardi 13 janvier, pour une conférence-repas, afin de présenter son livre et d’échanger autour de la polarisation de la société et du monde politique, et sur la difficulté à faire une place à la différence. SCANNEZ CE QR-CODE ET RETROUVEZ TOUTES LES ACTIVITÉS DE LA CIG 7 AOÛT-NOVEMBRE 2025
RABBINS INFLUENCEURS SUR LES RÉSEAUX SOCIAUX POUR UN CADRE ÉTHIQUE ET PRATIQUE TEXTE MIKHAËL BENADMON La présence rabbinique sur les plateformes numériques comme Instagram ou TikTok a cessé d’être une simple hypothèse pour devenir un phénomène socioculturel majeur. Le débat a radicalement évolué : il y a quelques années, des groupes comme les Hassidim de Satmar prônaient une déconnexion immédiate et totale, considérant Internet comme un danger spirituel intrinsèque. Aujourd’hui, face à l’abondance de cours de Torah et d’enseignements disponibles en ligne, cette posture de rejet total est devenue marginale. La question n’est donc plus de savoir s’il faut être présent, mais bien comment encadrer cette présence. Pour évaluer cette nouvelle réalité, il est impératif de revenir au fondement même de notre démarche : quelle est la finalité de la Torah ? La tradition nous enseigne qu’elle a pour objectif de « fédérer un groupe autour d’une identité, de créer une solidarité, d’apprendre les uns les autres et de développer une spiritualité. » C’est à l’aune de cette mission fondamentale que nous devons juger la pertinence et les modalités de l’influence rabbinique en ligne. L’objectif de ce document est donc d’analyser les tensions inhérentes à ce phénomène et de proposer un cadre de réflexion pour permettre aux figures rabbiniques d’investir l’espace numérique de manière à la fois efficace, pertinente et spirituellement intègre. Pour ce faire, nous analyserons d’abord les défis et les risques qui menacent cette finalité, avant d’explorer les opportunités uniques qu’offre cette nouvelle forme de communication, pour enfin proposer les fondations de ce qui doit devenir un véritable code de la route spirituel pour l’ère numérique. LES DÉFIS ET LES RISQUES DE LA PRÉSENCE RABBINIQUE EN LIGNE Avant de célébrer les opportunités offertes par le numérique, il est stratégiquement crucial d’identifier et de comprendre les risques associés au rôle de rabbin influenceur. Une présence non réfléchie peut non seulement échouer à transmettre son message, mais également compromettre l’intégrité même de l’enseignement de la Torah en sapant les piliers de sa finalité. Les principaux arguments contre une présence non régulée s’articulent autour de quatre axes majeurs : LE CONTENU ET LE CONTENANT La tradition juive insiste sur le principe de tokho kevaro, selon lequel l’auditeur doit être spirituellement prêt à recevoir un enseignement pour pouvoir l’intérioriser. Or, les réseaux sociaux diffusent un contenu de manière indiscriminée, touchant un public dont le «contenant » n’est pas nécessairement préparé. La diffusion de messages profonds à une audience non initiée ou non réceptive risque de causer des « dégâts » spirituels, en menant à des interprétations erronées ou à un rejet. LA CRISE DE L’AUTORITÉ L’écosystème numérique favorise l’auto-proclamation. Chacun peut s’autoproclamer rabbin, créant une confusion généralisée. Sans les structures de validation traditionnelles, le public peine à disposer des outils nécessaires pour discerner les rabbins charlatans des rabbins véritables, ce qui affaiblit l’autorité rabbinique dans son ensemble et expose les personnes en quête de spiritualité à des influences potentiellement néfastes, brisant la confiance nécessaire à la solidarité communautaire. LA QUALITÉ CONTRE LA QUANTITÉ Les algorithmes des réseaux sociaux récompensent la viralité et la concision. Cette course au nombre de vues impose aux créateurs d’être extrêmement concis, créant une tension fondamentale avec la profondeur requise par l’étude de la Torah. Le risque est de sombrer non pas dans une saine vulgarisation, mais dans une popularisation qui appauvrit le message. Cette simplification à outrance, motivée par la forme plutôt que par le fond, entrave le développement d’une spiritualité authentique. LA CHRONIQUE DU RABBIN LA CHRONIQUE DU RABBIN 8 LE MAGA Z INE DE L A C I G N ° 1 8
© ISTOCK LA PERTE DU FACE-À-FACE L’enseignement de la Torah est historiquement fondé sur l’échange réel et le dialogue. La communication unilatérale, de type monologue, qui prévaut sur de nombreuses plateformes, entraîne la perte de cette interaction personnelle. Le rabbin, à l’image d’un médecin, doit pouvoir adapter son message à son interlocuteur pour offrir un sur-mesure spirituel. Cette dimension essentielle, qui permet d’apprendre les uns des autres, disparaît dans une diffusion de masse impersonnelle. Ces défis considérables ne doivent cependant pas occulter les opportunités tout aussi significatives qu’une présence numérique bien pensée peut offrir. LES OPPORTUNITÉS ET LE POTENTIEL DE L’INFLUENCE SPIRITUELLE NUMÉRIQUE Malgré les risques évidents, ignorer le potentiel des réseaux sociaux reviendrait à se couper d’un des principaux vecteurs de communication de notre époque. Une utilisation stratégique et éthique de ces plateformes peut transformer des défis en opportunités, permettant une diffusion inédite du message de la Torah. Les arguments en faveur d’une telle présence sont multiples et puissants. DIFFUSION MASSIVE ET DÉPASSEMENT DU LOCALISME Les plateformes numériques permettent de toucher un vaste public, brisant les frontières géographiques et institutionnelles. Là où un enseignement en synagogue ne touche que quelques dizaines de personnes, une vidéo peut atteindre des centaines de milliers, voire un million de personnes. Cet effet de levier offre un potentiel d’impact démultiplié, sortant l’enseignement de la Torah du cadre restreint de la communauté locale pour fédérer une audience plus large. L’ART DE LA CONCISION ET L’ÉVEIL D’UN MOMENT La contrainte de la brièveté, si elle est un risque, peut aussi être cultivée comme un art. Savoir énoncer des contenus en quelques minutes de manière percutante est un outil puissant. Il permet de provoquer l’éveil d’un moment, de toucher une personne avec un mot bien précis à l’instant exact où elle en a besoin. Cette capacité à distiller une parole pertinente peut avoir un effet profond sur une personne en quête de sens. LE KIDOUSH HASHEM (SANCTIFICATION DU NOM DIVIN) Rendre le message de la Torah accessible au plus grand nombre est une forme de Kidoush Hashem, c’est-à-dire l’acte de « sanctifier le nom de D.ieu ». En utilisant les outils modernes, les rabbins permettent à cet enseignement de se faire entendre dans la sphère publique, et ce, de manière permanente. La disponibilité continue du contenu sur Internet garantit un accès constant à des ressources spirituelles pour quiconque les recherche. NOUVEAUX OUTILS PÉDAGOGIQUES Le numérique apporte des outils pédagogiques inédits. L’utilisation du visuel dans le message, par exemple, permet de créer une certaine imagination et de rendre des concepts complexes plus accessibles. De plus, ces plateformes permettent de créer et d’animer une communauté virtuelle pour des individus géographiquement isolés, qui peuvent ainsi se sentir connectés et soutenus, accomplissant la mission de créer une solidarité. UNE ALTERNATIVE SPIRITUELLE Paradoxalement, un contenu spirituel de qualité peut servir d’antidote aux aspects les plus addictifs des réseaux sociaux. En offrant une alternative constructive au défilement infini (« scrolling »), il peut aider à lutter contre l’addiction en transformant un temps potentiellement perdu en un moment de réflexion et d’élévation. La coexistence de ces risques majeurs et de ces opportunités considérables rend indispensable la création d’un cadre régulateur. DE LA CONFRONTATION À LA NÉCESSITÉ D’UNE CODIFICATION Face à ce tableau complexe, la question n’est plus de choisir un camp, « pour ou contre ». Une telle polarisation est stérile. Il s’agit désormais de développer une approche mature et régulée, qui reconnaisse à la fois le potentiel et les périls de l’influence numérique. L’enjeu est de passer d’une présence subie, souvent chaotique, à une présence choisie, réfléchie et codifiée. 9 AOÛT-NOVEMBRE 2025
Le cœur de l’argument repose sur une nécessité spirituellement morale de régulation, qui au fond régit toute notre vie quotidienne et spirituelle. Cette idée peut être parfaitement illustrée par une analogie puissante : celle de la conduite automobile. Lorsque l’automobile est apparue, les textes classiques de la loi juive ne contenaient, par définition, aucune règle sur la manière de se comporter au volant. Face à cette innovation,certains rabbins contemporains n’ont pas rejeté l’outil ; ils ont au contraire rédigé des lois et des directives éthiques adaptées : l’obligation de mettre sa ceinture, de respecter les limites de vitesse, de vérifier l’état du véhicule, de ne pas conduire en état d’ébriété etc. (voir Rav Yoel Bin Noun). Ils ont codifié l’usage d’une nouvelle technologie pour la rendre compatible avec les exigences morales et spirituelles. Aujourd’hui, le challenge est exactement le même. Il nous incombe de rédiger et de codifier cette présence sur les réseaux sociaux. Cette tâche revient à élaborer un nouveau Code de la route spirituel pour l’ère numérique, qui guidera aussi bien les créateurs de contenu que leurs audiences. LIGNES DIRECTRICES POUR UN CADRE D’ACTION RESPONSABLE Traduire cette nécessité de codification en principes directeurs concrets est l’étape suivante. Les lignes directrices visent à fournir un cadre d’action pour les rabbins et enseignants qui souhaitent s’engager sur les réseaux sociaux de manière responsable, en répondant directement aux défis identifiés précédemment et en s’assurant que leur présence serve la finalité de la Torah. AUTHENTICITÉ ET QUALIFICATION En réponse à la crise de l’autorité, la transparence doit devenir la norme. Tout enseignant se présentant en ligne devrait clarifier ses qualifications, son parcours d’étude et son affiliation institutionnelle (s’il y en a une). Cette transparence est le meilleur outil pour permettre au public de distinguer les figures légitimes des charlatans et de faire des choix éclairés, protégeant ainsi l’intégrité de la communauté. PRIMAUTÉ DE LA QUALITÉ SUR LA QUANTITÉ Face à la course au nombre, il est impératif de privilégier la profondeur et l’intégrité du message. Cela implique de faire une distinction claire entre la vulgarisation – rendre un contenu complexe accessible sans le trahir – et la popularisation, qui consiste à l’appauvrir pour plaire au plus grand nombre. Les créateurs de contenu doivent consciemment choisir la première voie, même si elle est moins susceptible de devenir virale, afin de favoriser un réel développement spirituel. RESPONSABILITÉ ENVERS L’AUDIENCE Pour adresser le problème du contenu et contenant, une segmentation responsable du contenu est nécessaire. Les créateurs devraient utiliser des avertissements clairs pour les sujets avancés ou sensibles qui requièrent une maturité spirituelle préalable. Ils pourraient également orienter leur audience vers des formats plus longs et plus approfondis (articles, podcasts, cours en direct) pour les sujets qui ne peuvent être traités de manière adéquate en quelques minutes. DU MONOLOGUE AU DIALOGUE Pour contrer la perte du face-à-face, il est crucial de dépasser le modèle du monologue. Les rabbins influenceurs doivent activement chercher à créer des espaces d’interaction : sessions de questions-réponses, animation de groupes de discussion, ou encore la création de « communautés virtuelles » authentiques où un véritable dialogue peut s’établir. L’objectif est de passer de la diffusion à la relation, afin d’accomplir la mission d’apprendre les uns des autres. L’adoption de ces principes est la première étape indispensable pour transformer l’espace numérique d’un terrain de risques en un champ d’opportunités spirituelles, nous menant ainsi à la conclusion inévitable de notre analyse. VERS UN ODE DE LA ROUTE SPIRITUEL À L’ÈRE NUMÉRIQUE En définitive, l’heure n’est plus à la diabolisation ou à l’acceptation naïve des réseaux sociaux comme outil d’enseignement. L’argument central de ce document est la nécessité impérative de passer d’une présence numérique subie à une présence codifiée et réfléchie. Nous devons aborder cet espace avec la même rigueur intellectuelle et morale que celle que nous appliquons à d’autres domaines de la vie moderne. L’analogie de la conduite automobile doit servir de métaphore directrice pour l’avenir. Tout comme nous avons développé un code de la route pour encadrer l’usage d’une technologie potentiellement dangereuse mais utile, nous devons aujourd’hui élaborer un cadre éthique pour la communication spirituelle en ligne. Cette codification, il est crucial de le souligner, doit s’appliquer tant pour les créateurs que pour les utilisateurs, afin de promouvoir une culture de responsabilité partagée. L’enjeu est de taille : il s’agit d’un appel à un effort collectif de la part des autorités rabbiniques, des éducateurs et des penseurs pour développer ce cadre éthique. C’est à cette seule condition que les réseaux sociaux cesseront d’être un compromis pour devenir un véritable et puissant outil de Kidoush Hashem, sanctifiant le Nom divin par la diffusion d’une sagesse authentique qui fédère, élève et inspire. RETROUVEZ LA CIG SUR INSTAGRAM 10 LE MAGA Z INE DE L A C I G N ° 1 8 LA CHRONIQUE DU RABBIN
LA CULTURE JUIVE : POURQUOI FAUT-IL LA PROMOUVOIR ? TEXTE JEAN-DANIEL SALLIN La polémique avait saisi Genève en plein cœur de l’été. Directeur du cinéma Bio, à Carouge, Alfio Di Guardo, avait envoyé un courrier à Irma Selvi Danon, directrice de la programmation du Festival international du Film des Cultures Juives de Genève (GIJFF), pour l’informer du « forfait » de sa salle pour l’édition 2026. Son explication ? «Montrer des films se réclamant de la culture juive revient à prendre position [en faveur d’Israël] », disait-il en substance, craignant des réactions hostiles contre son cinéma en cas de partenariat avec cet événement. Évidemment, cette position a été largement commentée dans les médias juifs, comme Radio Shalom ou i24-News. Elle a en revanche reçu le soutien de certains politiciens. « La culture juive est intemporelle, elle existe depuis des siècles, indépendamment d’Israël », réagit Irma Selvi Danon. «Reporter la critique d’Israël sur tous les Juifs, c’est nous rendre coupables par assimilation. C’est comme si on nous demandait d’abjurer ou de signer des aveux pour avoir le droit d’exister en tant que Juifs... » Mais le GIJFF n’est pas seul dans ce bateau chahuté de partout, cible favorite des opposants au gouvernement de Benyamin Nétanyahou : la situation catastrophique dans la bande de Gaza polarise les condamnations et favorise les amalgames. L’Espagne, la Suède et l’Irlande ont menacé de boycotter le prochain Concours de l’Eurovision, en Autriche, si Israël confirmait sa participation. À la Mostra de Venise, des voix se sont élevées pour exiger le retrait de son invitation à Gal Gadot, alors que l’actrice israélienne n’avait même pas prévu d’assister au festival. Aux Francofolies de Spa, en Belgique, trois artistes ont refusé de se produire sur scène à cause de la présence d’Amir à l’affiche : il soutiendrait le « génocide » en territoire palestinien. SE DÉMARQUER ET S’ADAPTER « Le boycott artistique est un acte lâche, insensé, qui va à l’encontre du pluralisme, la définition même de l’art pour moi », avait réagi le chanteur français dans Le Parisien. Mais, depuis le 7 octobre 2023 et le déchaînement de feux qui s’est abattu sur Gaza, le quotidien des artistes juifs, autour de la planète, s’est complexifié. Comme si le fait de vivre son judaïsme au grand jour suffisait à les rendre complices des bombardements sur le territoire palestinien. « Pour être un bon Juif respectable, vous devez assumer avec force de dénoncer la situation au Proche-Orient et la politique du gouvernement israélien », ironise Johanne Gurfinkiel, secrétaire général de la CICAD (cf. interview en pages 10-13). En cas de silence, le risque d’être happé dans un torrent d’insultes et de menaces est élevé. À quel moment l’opinion publique, pro-palestinienne, exigera la censure pure et simple des films de Steven Spielberg ou des œuvres de Joann Sfar, sous le prétexte qu’ils sont juifs ? Parce que la culture juive est partout. Elle fait partie de notre société : elle nourrit notre imaginaire à travers le cinéma ou la comédie musicale ; elle s’expose dans les librairies ou les galeries d’art ; elle révèle régulièrement le talent cosmopolite de réalisateurs, de comédiens, d’auteurs, dont le judaïsme ne s’affiche pas forcément sur le revers de leur veste, mais transpire dans les valeurs qu’ils défendent. « Saviez-vous que tous les superhéros ont été créés par des Juifs ashkénazes américains, marqués par les persécutions endurées en Europe par leurs familles ? », fait remarquer Anita Halasz, responsable Culture & Bibliothèque à la Communauté Israélite de Genève. « Il y a une forme d’intellectualisation de l’expérience qui caractérise traditionnellement les Juifs. Ce n’est pas un hasard si Sigmund Freud était juif... L’expérience diasporique est compliquée. Le peuple juif n’avait pas le droit d’exercer de nombreuses activités. Il a donc dû se montrer plus ingénieux que le reste de la population pour se démarquer, s’adapter, cherchant l’excellence dans certains domaines, comme le commerce, la banque, la science ou les arts. » À voir la liste des lauréats juifs pour le prix Nobel, cette quête s’est révélée miraculeuse ! « Leur nombre est totalement disproportionné par rapport à la population juive dans le monde », sourit d’ailleurs la Genevoise. © STUDIO AIGAL 11 L’ENQUÊTE AOÛT-NOVEMBRE 2025
LE MUSÉE JUIF DÉMÉNAGE Est-ce une raison pour ostraciser la culture juive? L’histoire a une fâcheuse tendance à bégayer. On ne remontera pas jusqu’au XVIe siècle, avec l’apparition des ghettos en Europe. En revanche, on se souviendra que, pendant la pandémie de Covid-19, les antivax avaient déjà accusé les Juifs des pires complots... «Que serions-nous sans la culture juive ? », s’interroge cependant Naomi Lubrich, directrice du Musée juif de Suisse. « Tant d’aspects de notre vie actuelle sont intrinsèquement juifs. Commençons par la façon dont nous occupons notre temps : notre conception des ‹jours ouvrables› et du ‹weekend›, par exemple, est fondée sur le Bereshit dans la Torah ! » Créée en 1966 à Bâle, cette institution est le premier musée juif à voir le jour dans l’Europe germanophone après la Seconde Guerre mondiale. Sa mission ? Préserver et transmettre les traditions juives. «Nous conservons un grand nombre d’objets provenant des synagogues de Suisse, des textiles aux parchemins, en passant par les objets liturgiques en argent », précise sa directrice. Expositions, conférences, concerts, ateliers pour enfants, visites sensorielles pour les personnes âgées... Le musée tente de toucher un public aussi large que possible – près de 8000 visiteurs en 2024. Il s’apprête cependant à vivre une révolution, le 30 novembre prochain, avec son déménagement dans une demeure du XIXe siècle, à la Vesalgasse, à Bâle. Cet espace de 750m², repensé par l’architecte suisse Roger Diener, doit lui permettre de développer ses activités et de séduire plus de visiteurs encore. «Nous voulions disposer d’un espace plus grand pour accueillir des expositions temporaires, mais également profiter de meilleures conditions muséales, notamment en matière de température et d’hygrométrie, afin de garantir la conservation de nos objets », explique Naomi Lubrich. « Je me réjouis aussi d’offrir une plateforme pour organiser des débats et des événements culturels. Notre première exposition traitera d’ailleurs du thème de la communauté. Les Juifs ont, en effet, des siècles d’expérience de la vie communautaire. Cette perspective juive est précieuse lorsqu’il s’agit d’aborder l’une des préoccupations actuelles, la solitude, qui est devenue un véritable enjeu sanitaire et politique. » UN FESTIVAL CONTRE LES PRÉJUGÉS Croire que la culture juive ne traite que de thématiques autocentrés serait une erreur. « Elle est multidimensionnelle », analyse Irma Selvi Danon. « Elle prend la culture de l’autre en considération et favorise le dialogue entre les opinions, complémentaires ou contraires. Si elle tire ses origines d’une pensée et d’une histoire, si elle s’ imprègne de traditions, de musique et même de cuisine, elle est le fruit d’un métissage avec la culture du pays d’accueil. » Depuis sa création en 2011, le GIJFF renforce ce constat : tous les films sélectionnés abordent des sujets universels et racontent des histoires qui peuvent concerner chacun d’entre nous. «D’ailleurs, la vocation du festival n’est pas de lutter contre l’antisémitisme, mais contre les préjugés », reprend sa directrice. « Parler de l’autre, de nos différences et de nos points communs, c’est un apprentissage fondamental pour augmenter son niveau de tolérance ! » En quinze éditions, le GIJFF s’est taillé une belle réputation par la qualité de sa sélection et par les valeurs universelles qu’il défend. Si le public est majoritairement juif, le festival séduit aussi les passionnés de cinéma, attirés par les acteurs à l’affiche, le sujet des films sélectionnés et les débats organisés régulièrement après les séances de projection. «Nous entretenons d’excellentes relations avec les distributeurs et les salles de cinéma », relève Irma Selvi Danon. «Nous avons donc la possibilité de présenter beaucoup d’avant-premières ou de premières suisses. » Ainsi, le 25 novembre, le public genevois pourra découvrir le nouveau long-métrage de Rebecca Zlotowski, Vie privée, avec Jodie Foster, Daniel Auteuil, Virginie Efira et Vincent Lacoste, au Cinérama Empire (20 h). Quant à la prochaine édition, elle n’est prévue qu’en novembre 2026... «Défendre la culture juive, c’est la promouvoir, c’est la faire découvrir, la faire vivre, la transmettre », conclut la directrice du GIJFF – qui regarde une centaine de longs-métrages par année. « L’une des missions du festival est d’offrir, par le film, une expérience positive en lien avec elle. Car la culture n’est pas porteuse d’un message : elle est là d’abord pour susciter des émotions et des réflexions, pour révéler toutes les complexités de notre réalité. » Est-ce d’autant plus essentiel aujourd’hui, avec tout ce qui se passe au Proche-Orient ? Irma Selvi Danon préfère ne pas s’arrêter à ces considérations géopolitiques. «Cela a toujours été important. Il y a une appétence re- © DR © DR Le GIJFF présentera le f ilm de Rebecca Zlotowski , « Vie pr ivée », en avant-première. « Le tableau volé », le long-métrage de Pascal Bonitzer, faisait partie de la sélection 2025 du GIJFF. 12 L’ENQUÊTE LE MAGA Z INE DE L A C I G N ° 1 8
nouvelée, un désir profond du public de découvrir des films qui les touchent, les questionnent et les instruisent. » INTÉGRER LA COMMUNAUTÉ EN VILLE Instruire et transmettre, c’est justement la vocation de la Journée européenne de la culture juive ! Depuis son lancement en 1996 par le B’nai B’rith de Strasbourg, cet événement est devenu LE rendez-vous incontournable de la rentrée dans une trentaine de pays. Chaque année, au travers d’un thème commun, elle met en lumière la diversité de la vie juive et l’importance du judaïsme pour l’histoire locale et régionale. Cette année, il était question du rôle particulier de l’écriture et du texte dans la tradition juive. À Genève, plus de 150 personnes, issues des communautés et du grand public, ont participé à cette journée – dont le programme a été coordonné par la CIG, le GIL, la loge Henry Dunant du B’nai B’rith et l’association du Patrimoine juif genevois. À la synagogue Beth Yaacov, elles ont ainsi pu se familiariser avec le métier de scribe et découvrir tous les secrets d’un Sefer Torah grâce à la présentation des rabbins, Éric Ackermann et Yaacov Gabay. Après avoir fait patiemment la queue, elles ont même pu repartir avec leur prénom calligraphié en hébreu. Pour Anita Halasz, cette manifestation, annuelle est fondamentale pour contribuer à l’intégration de la communauté juive dans la ville. C’est d’ailleurs sa raison d’être à Genève ! « La mission de la CIG est de servir ses membres, mais également de s’ancrer dans la cité », rappellet-elle. « Cette ambition est cohérente avec l’histoire même de la communauté : c’est une dizaine de familles qui ont dû se battre pour avoir droit de cité et s’installer de manière pérenne dans la cité de Calvin. Cet ancrage, gagné de haute lutte, s’est concrétisé avec la construction de la Grande Synagogue de Genève (ndlr. en 1859), classée monument historique depuis 1989. L’ambition de cette journée est d’entretenir un dialogue perpétuel avec la ville et de consolider ce lien, acquis à la force du poignet, et qui demande à être nourri régulièrement. » UN PROGRAMME RICHE À LA CIG Depuis sa prise de fonction à la CIG, il y a treize ans, Anita Halasz est d’ailleurs la première à promouvoir la culture juive aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur de la communauté. À l’instar de l’exposition, en 2021, sur les quais de Genève, sur Carl Lutz, ce vice-consul de Suisse, basé à Budapest, qui sauva la vie de plusieurs dizaines de milliers de Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale, elle organise chaque année des événements à la Maison Juive Dumas ou à la synagogue Beth Yaacov. Rencontres littéraires, cycles de conférences, soirées thématiques sur les familles genevoises, sorties au Grand Théâtre ou à la Comédie... Le programme est riche et s’adresse en priorité aux membres de la CIG, mais également à tous les sympathisants de la communauté juive. Il donne une idée, très large, de cette culture et de son dynamisme. « Par leur histoire, les Juifs sont amenés à être des passeurs », analyse-t-elle. «Chassés de partout, ils ont été amenés naturellement à parler plusieurs langues et à faire le lien entre les choses. C’est un peuple fascinant qui a marqué le monde de son empreinte du fait de sa distribution diasporique. Ainsi, rapporté à la population juive, le nombre d’ initiatives culturelles et d’associations actives à Genève est incroyable ! » Pourquoi se priver de ce foisonnement ? Pourquoi ne pas simplement profiter de cette richesse séculaire pour s’élever et prendre un peu de la hauteur avec les enjeux géopolitiques qui secouent notre planète ? © STUDIO AIGAL ® DR © POINT-OF-VIEWS Douglas Kennedy a participé au premier Salon des auteurs et autr ices. En 2021, une exposition sur Carl Lutz avait été présentée sur les quais de Genève. EN PARTENARIAT AVEC LA CILV, LA CIG ORGANISE UN DÉPLACEMENT EN TRAIN À BÂLE, LE DIMANCHE 1ER FÉVRIER, POUR VISITER LE MUSÉE JUIF DE SUISSE. INFOS ET INSCRIPTIONS SUR WWW.COMISRA.CH. Le Musée juif de Suisse déménage dans une demeure du XIXe siècle. 13 AOÛT-NOVEMBRE 2025
UN TOTEM MÉMORIEL EN SOUVENIR DU CANCEL JUIF DE GENÈVE TEXTE JEAN PLANÇON Le 17 juin 2025, en présence des autorités municipales et des associations juives et de lutte contre l’antisémitisme de Genève, un Totem mémoriel a été inauguré à l’angle de la place du Grand-Mézel et de la Grand-Rue, pour rappeler l’existence, au Moyen Âge, d’un Cancel juif dans la cité. La cérémonie, présidée par M. Alfonso Gomez, maire de la ville, marque une étape importante dans la reconnaissance et la commémoration de l’histoire de la communauté juive, en inscrivant cet épisode douloureux de manière plus affirmée dans le patrimoine culturel et historique de la République. L’initiation de ce projet remonte à une première réflexion portée par Anita Halasz, responsable du dicastère de la Culture de la CIG, à la suite de la parution en 2008 de mon ouvrage sur l’histoire des Juifs de Carouge et de Genève, dans lequel j’exhume cet épisode quelque peu oublié par nos historiens contemporains. Le dernier récit à ce sujet remonte, en effet, aux années 1920, lorsque l’historien Achille Nordmann, dans la Revue des Études juives de Paris, et l’archéologue cantonal Louis Blondel, dans l’Almanach paroissial, nous dévoilent les particularités de cet ancien quartier disparu. Anita Halasz interpelle alors Sylvain Thévoz, conseiller municipal de la Ville de Genève, lequel dépose une première motion devant le Conseil municipal afin que la Ville honore l’histoire de l’un des plus vieux ghettos d’Europe et fasse ainsi «œuvre de mémoire ». Il faudra près de dix ans pour que ce projet, particulièrement défendu par la CICAD, aboutisse enfin après une série de longues concertations, auditions et autres examens d’archives et récits qui, quelques fois, ont soulevé des controverses et oppositions dans leur interprétation. Afin d’être mieux éclairée, la Ville de Genève a mandaté Sarah Pflug, docteure en histoire suisse, pour qu’elle établisse, sous la forme d’un rapport, l’état des connaissances actuelles sur le Cancel. LE PROTOTYPE DES FUTURS GHETTOS En l’absence d’éléments précis, le rapport laisse encore quelques questions en suspens. Il semble cependant admis que le Cancel juif de Genève constitua bien, dès 1428, le prototype des futurs ghettos qui allaient se répandre dans les décennies suivantes: Venise en 1516, Rome et les États pontificaux à partir de 1555. En dehors des mesures vexatoires et restrictives à l’égard des Juifs, issues des dispositions du 4e Concile du Latran de 1215, jusque-là appliquées difficilement au sens strict, le Cancel juif de Genève fut peut-être le premier à appliquer également des mesures coercitives contraignantes, découlant plus directement des dispositions du décret ducal savoyard élaboré entre 1420 et 1430, qui imposait la création de quartiers juifs hermétiques. Le terme de «Cancel », antérieur à celui de ghetto, provient du latin « cancellus », qui signifie barreaux, grille, balustrade ou treillis. Bien qu’assez peu utilisé, on retrouve ce terme à Aix-enProvence, dans la rue du Cancel, implantée dans l’ancien quartier juif. Il est aussi présent dans l’architecture ecclésiastique, sous le dérivé de « chancel », pour désigner la partie du chœur d’une église, réservée au clergé et interdite aux fidèles, qui est matérialisée par une corde, une barrière, une grille, voire une clôture fortifiée, comme c’est le cas dans la cathédrale d’Albi. AMÉDÉE VIII DURCIT LE TON Pour rappel, après leur expulsion du royaume de France en 1394, les Juifs s’établirent librement à Genève dès 1396, sous la protection complaisante d’Amédée VIII de Savoie, dans le quartier de Saint-Germain. En 1408, le curé et recteur de la paroisse réclama cependant que chrétiens et Juifs résident séparément. Ces derniers étaient d’ailleurs tenus de porter un signe distinctif sur les vêtements, craignant, en effet, que puissent s’établir des rapports illi- ® JEAN PLANÇON Le Totem mémor iel , à l ’angle de la place du Grand-Mézel et de la Grand-Rue. L’HISTOIRE L’HISTOIRE 14 LE MAGA Z INE DE L A C I G N ° 1 8
cites entre eux (le partage de couche), ce qui serait inacceptable. Le comte de Savoie rejeta néanmoins la requête. En 1411, le curé récidiva, cette fois-ci en s’adressant à Benoît XIII, pape en Avignon. La sentence papale n’eut cependant aucun effet sur Amédée VIII qui l’ignora. En 1422, l’évêque de Genève n’obtint pas plus de succès en s’adressant lui aussi à Sa Sainteté. Le vent se mit cependant à tourner. En 1420, l’empereur d’Occident éleva Amédée VIII de Savoie au rang de duc. Ce dernier, devenu un important vassal, se devait dès lors de défendre la foi chrétienne. Avec la rédaction du décret ducal savoyard, il révoqua alors les privilèges jusque-là accordés aux Juifs sur l’ensemble du duché. Ceux qui habitaient à Genève furent sans aucun doute parmi les premiers à souffrir de ce durcissement politique et furent contraints dès 1428 de résider dans un Cancel de dimension réduite, disposant de deux grandes portes d’accès construites à cette occasion. Si on ne peut affirmer de manière certaine que celles-ci étaient systématiquement fermées à la nuit tombée, l’hypothèse semble néanmoins probable dans le sens où l’aspect coercitif fut instauré dès ce moment. DU PORT DE LA ROUELLE À L’EXPULSION Le durcissement des positions relatives aux Juifs entraîna également l’application plus stricte d’une série de mesures vexatoires, comme le port de la rouelle, ce signe distinctif en forme d’anneau de couleur jaune qui devait être visible sur les vêtements. Les moqueries, les insultes, voire les molestations physiques s’accentuèrent progressivement, rendant la vie des Juifs de plus en plus difficile dans la cité. En 1461, la mauvaise humeur des commerçants s’amplifia en raison d’une situation économique moribonde, ce qui incita ces derniers à attaquer et à piller le Cancel durant la nuit du 6 avril. Ce fut le début d’une période de tensions où les activités professionnelles des Juifs furent progressivement réduites, puis interdites. Finalement, en 1490, peutêtre sous les effets de ce vent d’intolérance qui soufflait depuis l’Espagne, les Juifs furent expulsés de la cité de Genève. Il faudra attendre trois siècles pour qu’une lueur d’espoir apparaisse à nouveau avec la naissance de Carouge, sous tutelle sarde, pour entrevoir un possible retour dans ce qui était devenu entretemps la cité de Calvin. De l’ancienne juiverie, puis de l’ancien Cancel juif de Genève, il ne subsiste aujourd’hui que le tissu urbain de cet ancien quartier de Saint-Germain : hormis la rue des Granges, il n’a guère subi de modifications au cours des siècles passés. Il est donc assez facile, au détour d’une visite guidée, de s’imprégner des particularités de ce lieu qui, désormais, est bien matérialisé par ce Totem mémoriel. AVEC LA RÉDACTION DU DÉCRET DUCAL SAVOYARD, AMÉDÉE VIII DE SAVOIE RÉVOQUA LES PRIVILÈGES JUSQUE-LÀ ACCORDÉS AUX JUIFS SUR L’ENSEMBLE DU DUCHÉ. 15 AOÛT-NOVEMBRE 2025
16 ® YVAIN GENEVAY / TAMEDIA LA RENCONTRE LE MAGA Z INE DE L A C I G N ° 1 8
JOHANNE GURFINKIEL : « MA CONVICTION ? UN CHANGEMENT EST POSSIBLE » TEXTE JEAN-DANIEL SALLIN Depuis deux ans, depuis ce 7 octobre 2023 de triste mémoire, Johanne Gurfinkiel vit une période compliquée. Secrétaire Général de la CICAD, il fait l’objet d’attaques frontales dans les médias et les milieux politiques. Un élu de gauche a même demandé publiquement son licenciement... Son «crime»? Au nom de l’institution, il monte au front pour lutter contre l’invisibilisation de l’antisémitisme. Sans s’écarter du chemin fixé avec son Président, Laurent Selvi, et son Comité. «On nous reproche de ne pas prendre position sur le conflit au Proche-Orient et ne pas dénoncer la politique du gouvernement israélien à Gaza», dit-il. «On ne l’a jamais fait, on ne le fera pas ! Cela ne fait pas partie de nos engagements. » En revanche, il observe une recrudescence des actes ou des propos antisémites dans la société civile. «Nous recevons des signalements trois à quatre fois par jour. Nous ne pouvons pas rester silencieux devant ce phénomène. » Alors, Johanne Gurfinkiel parle, condamne, vitupère et... prend les coups ! Comment vit-il cette situation? Qu’estce qui motive son engagement ? Dans cette interview, il lève un coin de voile sur son parcours et ses valeurs. Comment allez-vous ? Dans le contexte actuel, je ne vais pas si mal… La pression est forte, mais il n’y a ni la place, ni le temps pour s’appesantir ou baisser les bras. Depuis le 7 octobre 2023, comme beaucoup d’autres, je suis mobilisé sept jours sur sept. Malgré les embûches et les menaces, il s’agit de rester combatif et tenir bon. C’est dans ma nature : je reste un militant, et il n’est pas question de travestir qui je suis. Cette période est difficile pour chacun d’entre nous. Elle révèle des fragilités, parfois des déceptions, notamment dans certains milieux politiques ou chez des personnes que l’on croyait proches. Mais, elle met aussi en lumière de belles surprises : des engagements inattendus, des soutiens forts, des amitiés sincères. On dit toujours que les périodes de tension révèlent les véritables amis... C’est très juste ! Vous parliez de militantisme. Comment est-il né ? Il est d’abord issu de l’histoire de ma famille. La plus grande partie de la mienne a été déportée à Auschwitz, certains ont même été dénoncés en France. Quel que soit le moment où l’on en prend conscience, cette mémoire marque à jamais. Elle m’a appris qu’il n’y a pas d’autre option que de considérer que notre survie est entre nos mains et que nous devons toujours être prêts à répondre à l’hostilité qui s’exprime. C’est ce qui m’a motivé très tôt. Dès mon adolescence, j’ai choisi délibérément de m’engager dans une activité dont je savais qu’elle serait exigeante et difficile. J’ai participé à des manifestations, je me suis impliqué dans la lutte contre l’antisémitisme et dans la transmission de la mémoire de la Shoah. Ce sont des sujets qui m’habitent depuis mes 14 ou 15 ans. C’était une évidence, à mes yeux, et j’ai bataillé pour trouver ma place dans ces milieux à Paris. Pourquoi avoir dû batailler autant ? Parce que j’étais trop jeune. À 14 ans, il était difficile de rejoindre des structures dans lesquelles la plupart des militants avaient 17 ou 18 ans. Mais j’étais déterminé à trouver ma place dans cet univers associatif, militant et communautaire. Pour moi, cela allait de soi. Je n’ai jamais milité dans des mouvements politiques ou dans des associations éloignées de ce combat. Je me suis toujours concentré sur ce que je considérais comme vital : la lutte contre l’antisémitisme, le racisme, la transmission de la mémoire ou le soutien aux victimes de génocide comme les Arméniens et les Rwandais. Je suis le fruit d’un parcours marqué par une identité juive très forte, mais aussi par une conception large de l’engagement. Je me revendique comme un citoyen, nourri des valeurs républicaines, croyant et un peu pratiquant. Au-delà des pratiques religieuses, mon identité s’exprime avant tout à travers des valeurs de responsabilité et d’engagement. Comment avez-vous découvert l’histoire de votre famille ? Comme dans beaucoup de familles juives ashkénazes, on en parlait sans vraiment en parler. C’était toujours présent, mais jamais raconté dans un récit continu : seulement des anecdotes, des lettres d’un grand-père que je n’ai pas connu, les souvenirs de ma mère ou d’un oncle surgissant au détour d’une conversation. Avec le temps, j’ai voulu en savoir davantage. J’ai cherché, creusé... Cette quête m’a conduit jusqu’à Yad Vashem, où j’ai découvert, dans une vitrine à l’entrée, une carte qui appartenait à mon grand-père paternel. Comment vos parents ont-ils vécu votre militantisme ? Vous ont-ils soutenu? L’engagement communautaire n’était pas naturel dans ma famille : venue de Pologne et de Roumanie au début du XXe siècle, elle avait surtout cherché à réussir son intégration en France. Du côté paternel, j’ai découvert plus tard que certains cousins étaient pourtant devenus Présidents de communauté à Nantes, point d’entrée des Juifs venus de l’Est. Mon père (zl), paix à son âme, est parti trop tôt, alors que j’étais ado17 LA RENCONTRE AOÛT-NOVEMBRE 2025
lescent. Sa disparition fut une épreuve qui m’a vite contraint à me prendre en main et à devoir décider, plus tôt que prévu, de mon présent et de mon avenir. Ce fut aussi un moment particulièrement difficile pour ma mère et pour ma sœur (zl). Ma mère, elle, restait davantage dans une posture d’observation. Mais la présence de mon beau-père a joué un rôle décisif. Il incarnait la figure du militant engagé, et nous avons partagé de longues heures de discussions et de débats sur nos sujets de prédilection. Avec le temps, ma mère s’est elle-même engagée au sein du B’nai B’rith à Paris. Quelles études avez-vous suivies ? Mes études se sont orientées vers la communication et l’action publicitaire. Un choix déjà révélateur de ma manière d’envisager le travail : moins académique, plus pragmatique, créatif et tourné vers l’action. Mais ce qui m’a véritablement formé, ce sont les valeurs transmises par mes parents, qui travaillaient sans relâche, sept jours sur sept : la semaine dans leur commerce de bijoux fantaisie, le week-end sur les marchés. J’ai grandi dans cet univers où l’on ne comptait pas ses heures. J’ai moi-même enchaîné les petits boulots d’été — chez McDonald’s, chez AXA, j’ai même enfilé des perles pour un fournisseur de mes parents. Cette immersion précoce dans le travail m’a naturellement conduit vers ma première expérience professionnelle. Au gré d’une rencontre, j’ai intégré le groupe Bolloré. Je devais y rester deux mois, dans le département Énergies ; j’y suis finalement resté deux ans. Ce passage m’a permis d’acquérir la rigueur d’une grande entreprise et m’a beaucoup appris sur l’organisation, la gestion et la discipline professionnelle. Puis, on m’a proposé de prendre la direction des agences de l’Est, avec des bureaux à Strasbourg et à Metz. C’était une opportunité sérieuse, mais je ne me voyais pas entamer une carrière dans le charbon et le fuel domestique alors que mes aspirations et mon temps libre s’orientaient déjà vers l’engagement militant. Et ensuite ? Après une expérience à l’étranger – une parenthèse qui m’a ramené à Paris – j’ai ressenti le besoin de donner un véritable sens à mon parcours. Je n’envisageais plus de revenir dans une grande entreprise : il fallait que mes choix professionnels reflètent une quête de sens profond et une dimension identitaire. J’ai alors commencé à collaborer comme pigiste pour Actualité juive, un journal communautaire, où je me suis consacré à la question de l’antisémitisme, en particulier au suivi des activités de l’extrême-droite et de certains milieux négationnistes. Cette expérience, rémunérée, m’a permis de patienter tout en consolidant mes compétences. Peu après, le B’nai B’rith recherchait un responsable national pour coordonner et diriger ses activités. Fort de mes recherches et de mes suivis sur l’extrême-droite antisémite, et bénéficiant de recommandations solides, j’ai été choisi. Ce fut ma première véritable fonction à responsabilité dans un cadre communautaire – une étape fondatrice qui m’a ouvert des portes pour la suite. Vous avez ensuite passé neuf ans au CRIF Rhône-Alpes, à Lyon, comme directeur. Qu’est-ce que ce poste vous a apporté dans votre parcours professionnel ? Cela a été un véritable tremplin. J’y ai pris la pleine mesure de la responsabilité qui incombe à toute fonction de représentation et de défense. Dans le monde associatif et communautaire, la critique est facile et fréquente ; j’ai choisi, pour ma part, de dépasser cette posture pour agir concrètement. Ce qui me guide depuis toujours, c’est la volonté d’être force de proposition, d’apporter des solutions et de mettre mon expertise au service d’une certaine idée de la société et du vivre-ensemble. Je suis sans doute mon premier critique, mais c’est cette exigence qui me conduit à me lever chaque matin avec la conviction que chaque action compte. Ce n’est pas de l’obsession : c’est une vigilance permanente, nourrie par le sens des responsabilités. Comment arrive-t-on justement à dormir avec une mission comme la vôtre? Je dors peu, mais dans une fonction comme la mienne, on n’a pas le droit de faiblir. Les attentes extérieures sont considérables, les enjeux dépassent largement ma personne et peuvent avoir des conséquences directes sur la vie d’autrui. Cette conscience des responsabilités m’accompagne jour et nuit : chaque défi, chaque difficulté, mérite réflexion, et cela s’est encore accentué ces dernières années. Bien sûr, la fatigue existe, mais je peux compter sur un Comité engagé et sur notre Président, Laurent Selvi, dont le soutien m’apporte une énergie positive précieuse. Surtout, je m’appuie au quotidien sur une équipe remarquable, composée exclusivement de femmes, dont le professionnalisme, le dévouement et l’expertise font la force de la CICAD. Elles sont la preuve que notre action n’est pas seulement individuelle, mais profondément collective. Il n’y a pas un moment où votre cerveau se met sur pause ? Non. Je mange, je dors, je vis avec cette mission en permanence : elle fait partie de moi. Mes enfants le comprennent, même s’ils me le reprochent parfois, et ma vie personnelle a souvent été marquée par cette implication. Dans ce rôle, il n’y a pas vraiment de week-ends, ni de vacances : l’actualité, la presse, les autorités ou les partis politiques peuvent solliciter la CICAD à tout moment, et il n’est pas envisageable de rester injoignable. Je l’assume pleinement, car c’est le prix de cette fonction. Si l’on est incapable de s’immerger totalement, il vaut mieux faire autre chose. Mon moteur reste le même depuis mes débuts : je ne peux pas rester impassible face à l’injustice ou face aux propos antisémites. Comment êtes-vous arrivé à la CICAD finalement ? Après neuf années passées au CRIF Rhône-Alpes, la question de mon avenir professionnel s’est naturellement posée, d’autant que le mandat de mon Président, Alain Jakubowicz – un avocat brillant qui m’a transmis une véritable conscience politique de ce métier – arrivait à son terme. C’est à ce moment-là qu’une opportunité s’est présentée : le poste de Secrétaire Général de la CICAD, à Genève. Après de nombreux entretiens, j’ai été engagé par Philippe Grumbach (zl). Un homme remarquable, dont la mémoire 18 LA RENCONTRE LE MAGA Z INE DE L A C I G N ° 1 8
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